Films Cinethek Culte

Down by law de Jim Jarmush (1986)  (Films Cinethek Culte) posté le mardi 06 janvier 2009 00:13

 

Date de sortie : 12 Novembre 1986 

 

 

 

 

 

 

 

Deux hommes, Jack, un proxénète, et Zack, un disc-jockey, sont emprisonnés dans une cellule de Louisiane. La haine s'installe très vite entre eux. Un troisième homme, Roberto, un italien, les rejoint. Grace à lui, Jack et Zack se réconcilient et tous trois s'évadent et se cachent dans les marais avant d'être recueillis par une italienne...

 

 

scream, you scream, we all scream for ice cream

Après la Caméra d'Or de 
Stranger than Paradise, le cinéaste américain Jim Jarmuschsigne sans doute l'un de ses plus beaux films avec Down by Law en 1986.

Tourné en Louisiane, le film constitue la rencontre improbable entre trois hommes issus d'univers différents. Dans le rôle de Roberto l'italien, on retrouve Roberto Benigni, véritable tornade d'humour et de sensibilité dévastant le quotidien carcéral d'un DJ (Tom Waits) et d'un proxénète (John Lurie), emprisonnés par erreur.

 

Down by Law

 

Comme dans ses précédents films, les personnages principaux échappent à quelque chose sans savoir où aller. Dans Down by Law, le cinéaste délaisse New York pour installer son histoire dans les bayous de la Louisiane. Une fois de plus, les personnages principaux demeurent enfermés (la cellule remplace les appartements confinés dePermanent Vacation et Stranger than Paradise), ils se perdent en s'évadant mais ne savent pas où aller. Quand ils passent la nuit dans une cabane, elle est la réplique exacte de leur cellule, barreaux aux fenêtres (celle qu'avait dessinée Roberto deviendra réelle) et disposition des lits identique. Les trois Pieds-Nickelés ont beau prendre la poudre d'escampette, la prison restera malgré tout gravée en chacun d'eux. Ils reprennent inconsciemment la place qu'ils occupaient sur leur lit respectif.

 

Down by Law

 

Au bout du chemin, Roberto trouvera l'amour en la personne d'une belle italienne tenant un petit snack perdu. Ses deux compères, Jack et Zack partiront chacun de leur côté sans savoir où les mènera leur route respective. Où est l'Ouest, où est l'Est ? Avant de se séparer, ils échangeront leur veste comme après une rencontre sportive ou un affrontement en signe de respect acquis l'un envers l'autre en cours de route. Jack et Zack ne sont pas aussi éloignés qu'on peut le croire au début du film. Même leur prénom diffère d'une seule lettre. Le problème de leur mésentente provient de leur impossibilité à communiquer. Etre en présence de l'autre leur suffit mais ces deux êtres s'apprivoiseront à force de vivre ensemble. L'élément catalyseur viendra de Roberto pour qui ils se prennent finalement d'affection.

 

Jim Jarmusch réalise un film où règne le métissage des cultures. L'italien optimiste parviendra à amadouer ses deux compagnons de cellule, au départ réfractaires, et même à les faire se respecter. John Lurie et Tom Waits excellent et leur entente avec Benigni ne semble jamais feinte. C'est sans doute ce qui fait la grande réussite deDown by Law : une grande évasion constamment poétique de trois Pieds-Nickelés, livrée dans un écrin dessiné par Jim Jarmusch et photographié par Robby Müller.

 

 

Down by Law

Réalisé par Jim Jarmusch

Avec Tom WaitsJohn LurieRoberto Benigni

 

Durée : 1h46

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Phantom of the paradise de Brian Depalma(1974)  (Films Cinethek Culte) posté le vendredi 12 décembre 2008 22:24


Date de sortie : 25 Février 1975 

 

Winslow Leach, jeune compositeur de talent, se fait voler sa cantate intitulée "Faust" par un certain Swan, star planétaire. Décidé à demander des comptes, Leach s'introduit dans la maison de production "Death Records". Poursuivi par les gardiens, il est jeté en prison. S'évadant, il se coince accidentellement la tête dans une presse à disques. Défiguré, celui-ci hante le nouveau temple du rock n'roll : le Paradise.

 

 

D'emblée, on est surpris : Brian De Palma ne nous a pas habitué à ce genre de film. C'est d'ailleurs la seule comédie musicale qu'il aura réalisée.
Son film débute sur une scène des plus kitch. On y voit un groupe de rockers, banane et creepers, chemises roses et pas de danse ridicules, brailler à la manière des Rubbets une chanson niaise et gaie qui aurait pu faire partie d'un album des Beach Boys.
Le ton est donné, les personnages évolueront dans cet univers de néons roses et de paillettes fluos. Et ils sont kitchs les personnages, tous plus glamour les uns que les autres, à commencer par Swan, le maître des lieux, qui est un beau spécimen à la chevelure d'or, mélange de Dave et d'Andy Warhol. Joué par Paul Williams (qui d'ailleurs jouera le personnage d'Andy Warhol dans le film "The Doors"), il provoque chez le spectateur un certain malaise, tant par son physique (on se demande parfois s'il est fille ou garçon) que par son attitude. Bref, il est glauque et tient parfaitement bien son rôle de producteur véreux, manipulateur et qui n'accorde aucune importance à la qualité de ce qu'il produit, pourvu que ça plaise.

 

Brian de Palma ne manque pas d'humour, et n'hésite pas à mélanger des scènes mélancoliques à des scènes comiques. Il se sert de la naïveté de son personnage de compositeur pour distiller ça et là quelques pointes comiques, ce qui ajoute à la cruauté du producteur.
D'ailleurs, le sujet a lui seul suscite l'émotion : un artiste qui ne vit que pour son art se voit dépossédé non seulement de son oeuvre, mais aussi de son amour. Mais dès qu'une scène (montrant par exemple la souffrance du compositeur) se charge d'émotion, il la coupe et s'en suit une scène absurde. Le film est ainsi haché, de sorte qu'on ne se laisse pas envahir par les sentiments et qu'il ne nous laisser pas l'occasion de s'apitoyer sur l'artiste maudit ou de se laisser envahir la beauté de la voix de la jeune première.
De même en cinéphile averti, le réalisateur fait quelques clins d'oeil qu'il détourne également à sa façon à d'autres réalisateurs, et notamment à Hitchcock. Ainsi la scène de douche de Psycho est rejouée plan par plan, avec à la place de l'héroïne, le rocker efféminé Beef, à la place du tueur, le fantôme du Paradis, et en guise de couteau : une ventouse !

 

Ainsi, dans "Phantom of the Paradise", les sentiments, les actions, les personnages, les situations sont extrêmes et extrêmement kitchs. Brian De Palma a réussi son pari, faire un drame musical où il mélange comédie et horreur, où l'audace côtoie le sérieux. Certaines scènes sont sublimes.
Mêlant l'histoire de Faust et celle du Portrait de Dorian Gray, il réussit à susciter de l'émotion sans être larmoyant et fait une véritable critique du milieu du show biz. Ceci avec légèreté et originalité.
Le seul bémol serait peut être la bande originale, composée justement par Paul Williams, alias Swan, qui n'est pas de la qualité de la réalisation... bien qu'elle colle bien à l'image.
Je vous conseille donc ce petit bijou musical fait de strass et de diamants, qui se laisse regarder avec délice.

 

 

Réalisé par Brian De Palma

Avec Paul WilliamsWilliam FinleyJessica Harper 

 

Durée : 1h32

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Le jour ou la Terre s'arreta de Robert Wise (1952)  (Films Cinethek Culte) posté le lundi 08 décembre 2008 18:30

Date de sortie : 18 Avril 1952

 

 

Une soucoupe volante atterrit sur Terre. Alors qu'on les croyait hostiles, les extraterrestres sont en fait porteurs d'un message de paix pour l'humanité.

 

 

Dans les années 40, les Etats-Unis et les américains sont atteints d'une psychose paranoïaque due aux conséquences de la deuxième guerre mondiale. Pendant la période 1940-1945, le despotique FBI, véritable état dans l'état, traque les agents d'autres nations (russes par exemple) qui se sont infiltrés sur le sol américain. On épie son voisin, on se méfie de ses moindres faits et gestes…
Durant les années 50, la traque devient politique : on soupçonne toute personne ayant des convictions socialisantes vite assimilées à un communisme pur et dur. Parallèlement, une autre psychose fait la une des journaux : celle des soucoupes volantes. La peur d'être envahi insidieusement par des extra-terrestres se dessine…
L'amérique traverse une crise grave en Corée, le sénateur McCarthy traque tous ceux qui ont des sympathies rouges. Tout semble donc propice aux films de martiens issus eux aussi d'une planète où le rouge domine.

 

 

Contrairement aux films de cette période comme par exemple "Les envahisseurs de la planète rouge" de William Cameron Menzies, les visiteurs du "Jour où la terre s'arrêta" ont des visions beaucoup plus pacifiques. Klaatu, l'extraterrestre qui descend de la soucoupe volante posée en plein cœur de Washington, est venu pour mettre les hommes en garde contre l'arme atomique. L'équilibre de l'univers est en jeu et dans cet ensemble harmonieux, la Terre et la race humaine font figure d'enfants jouant avec des allumettes.
L'accueil des humains est loin d'être amical. Pour échapper à une chasse à l'extra-terrestre, Klaatu se glisse parmi les hommes pour mieux en connaître leurs pensées. Mécontent du manque d'humanité des terriens, Klatu décide alors que la seule façon d'obtenir l'attention des habitants de Terre est de leur faire une démonstration de sa supériorité.
Avant son départ, il lancera un dernier avertissement : "
Les gens des autres planètes n'ont pas l'intention d'intervenir dans vos affaires. J'étais venu en messager de paix. Vous ne m'avez pas compris. Je retourne vers mon peuple en vous disant que, si vous aggravez, par de nouvelles expériences atomiques, le danger qui pèse sur l'univers, nous n'hésiterons pas à vous détruire."

 

Par l'intermédiaire d'un film de science-fiction à la facture traditionnelle, Robert Wise envoie lui aussi un message à la bonne conscience de l'Américain moyen. La critique est d'autant plus forte que le style est réaliste, les effets spéciaux sont limités au stricte nécessaire : une soucoupe volante, un robot, même l'extra-terrestre a figure humaine. Le cinéaste nous fait une descritpion quasi documentaire de la société américaine : Robert Wise a déjà abordé des problèmes épineux au cœur de l'actualité comme l'abolition de l'esclavage, la violence ou la lutte contre le totalitarisme. Après Klaatu, les films d'extra-terrestres seront divisés en deux clans : les invasions de martiens sanguinaires et totalitaires ou les visiteurs jetant un regard complaisant sur notre civilisation!

Certains verront même dans le film, une représentation moderne et allégorique du Christ. Klaatu est l'archétype de Jésus recherchant la vérité humaine. Les parralèles avec l'histoire messianique sont nombreux : il vient du ciel, se mêle aux hommes sous le nom de Carpenter (charpentier), se heurte à leur incompréhension, meurt et renaît pour les sauver. Philosophiquement, le film est un regard magistral sur les bons et les mauvais côtés de la nature humaine qui peut, avec la science, engendrer aussi bien les découvertes bienfaisantes que les plus terribles des cataclysmes. L'histoire montre cet étranger, semblable aux humains par sa forme, errer dans les rues de Washington D.C. découvrant les progrès de l''homme et les entraves qui existent pour leur progression.

Il est sûr que cette vision humaniste des extra-terrestres ne peut que trancher par rapport aux productions de l'époque. Si le film est considéré actuellement comme un chef d'œuvre de la science-fiction et du cinéma, c'est parce que son sujet à des résonances encore actuelles. La maîtrise de l'énergie atomique reste au centre des préoccupations modernes, les différents incidents des centrales atomiques de Three Miles Islands aux Etats-Unis, de Tchernobyl dans l'ex-URSS, ou plus récemment au Japon sont autant d'indicateurs des dangers du nucléaire et des faiblesses des protections mises en place.

Par son traitement simple et dénué d'effets spéciaux imposants, Robert Wise a réalisé un chef d'œuvre du film de SF dont le sujet résonne encore cinquante ans après sa sortie en salles.

 

 

Réalisé par Robert Wise

Avec Michael RenniePatricia NealHugh Marlowe 

 

Durée : 1h28

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Une histoire vraie de David Lynch (1999)  (Films Cinethek Culte) posté le lundi 24 novembre 2008 15:08


Date de sortie : 03 Novembre 1999 

 

Comme son titre l'indique, il s'agit bien d'une histoire vraie, celle d'Alvin Straight qui, a soixante-treize ans, après une mauvaise chute, décidé de quitter Laurens, village du nord de l'Iowa, pour retrouver son frère ainé qui vient d'avoir une attaque. Les deux frères sont fachés depuis dix ans. Malgré son état de santé médiocre et après avoir réfléchi à leur contentieux, Alvin décide d'aller voir Lyle dans le Wisconsin et entreprend un voyage de plusieurs centaines de kilomètres par ses propres moyens.

 

L'intéret du film réside précisément dans cette temporalité particulière qu'Alvin impose à son déplacement. Se faire doubler par des cyclistes, le regard méfiant d'une auto-stoppeuse en fugue, autant de scènes surprenantes et absurdes qui rappellent le cinéma de Tati (Traffic) et de Keaton.

Ce contre-pied à la vitesse, au cinéma traditionnel américain, est très habilement mené parce que personne n'est "dépassé" : l'auto-stoppeuse rattrape, en marchant, Alvin qui rattrape avec sa tondeuse les cyclistes, chaque journée se terminant au coin d'un feu de bois, à se retrouver et discuter. Le road movie classique, celui né d'une fuite, d'une poursuite (Bonnie and Clyde, Sailor et Lula)ou de la recherche d'un ailleurs (Les Raisins de la Colère) correspond au mal-être ou à l'affolement des protagonistes.

Commencini, dans Le Grand Embouteillage, appuie de façon corrosive la détresse de quelques personnages révélée par un embouteillage, la stagnation et l'immobilité imposant la résurgence de l'angoisse, le retour contraint à se faire face.

Dans l'histoire "droite", "vraie" ou celle du film, il s'agit au contraire d'harmonieusement associer le rythme temporel du voyage avec la contemplation de la nature, la chaleur des différentes rencontres qui le ponctuent et la quête d'une sérénité intérieure. Un drame vécu pendant la Seconde Guerre Mondiale a rendu Alvin alcoolique, violent et isolé. Ces traumatismes vont être exorcisés par le souvenir et la conversation et à l'issue du voyage Alvin peut alors admirer avec son frère la beauté d'un ciel nocturne constellé d'étoiles. Ce parcours spatial, temporel et intérieur aboutit à la réconciliation avec soi, avec l'amour fraternel et pour le spectateur avec une haute idée du cinéma.

Réalisé par David Lynch

Avec Richard Farnsworth, Sissy Spacek, Harry Dean Stanton

 

Durée : 1h51

 

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Eraserhead de David Lynch (1976)  (Films Cinethek Culte) posté le lundi 24 novembre 2008 14:31

 

 

Un homme est abandonné par son amie qui lui laisse la charge d'un enfant prématuré, fruit de leur union. Il s'enfonce dans un univers fantasmatique pour fuir cette cruelle réalité.

 

Lynch se distingue des autres par l'univers surréaliste qu'il créer dans la plupart de ses films. Ici plus que jamais, on trouve des minuscules poulets qui jigotte des cuisses, une jeune femme joufflue chantant à l'intérieur d'un calorifère, une tête percée à la drill qui en résulte un crayon à la mine, etc. Pour un public averti, soit on déteste toutes les allusions de Lynch, soit on les regarde avec une légère touche d'humour en interprétant à notre manière son univers plus qu'incompréhensible.



Quant à moi, j'ai trouvé bon parti auprès de cet énigmatique M.Lynch, me laissant transporté dans le subconscient de Henry, âme trouble maintenant père d'un "bébé" très particulier. Toutefois, le point fort d'Eraserhead réside dans les effets-sonores. Sans dialogues, ou presque, on mise gros sur la sonorité, qui fait littéralement frissonner. Que ce soit l'eau qui bout, le calorifère qui chauffe, ou le bébé qui pleure, la variété de sons, souvent extrêmement ponctuée, est remarquable, tout comme les plans très audacieux qui qui rendent le tout fabuleusement réalistes, jumelant efficacement les sens de l'ouïe et de la vue.



Mais malgré le savoir-faire incontestable de Lynch, le rythme n'y est tout simplement pas. Les longueures sont beaucoup trop présentes et l'ennui peut parfois jouer contre le reste du film, qui est très réussis.



Eraserhead marque le début de la carrière d'un génie, l'un des plus grands maîtres du cinéma. On aura vu mieux de sa part au fil des années, mais n'empêche que pour une premiere réalisation, c'est extraordinaire.

 

 

Réalisé par David Lynch

Avec Jack Nance, Charlotte Stewart, Allen Joseph

 

Interdit aux moins de 16 ans

Durée : 1h22

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