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Watchmen Entretien Zack Snyder  (Interwiewthek) posté le jeudi 05 mars 2009 18:50

 

 

 

C'est le meilleur générique d'ouverture que j'ai jamais vu.Comment l'avez vous imaginé?


Zack Snyder : C'est une vieille idée, un peu conceptuelle que je trainais.J'ai commancé par le générique , j'ai même préfendu que je ne savais pas par où commencer alors que j'avais déjà une idée assez précise de ce que devait être le film... Le studio m'avait envoyé un scénario en précisant : « Ça s'appelle Watchmen. C'est très intéressant. Nous pensons que c'est tiré d'une bande déssiné, Cela pourrait être vraiment cool,le scénario est génial, vous devriez y jeter un coup a'œil. » Ledit scénario était vraiment bon, mais Adrian mourait à la fin et l'histoire était transposée de nos jours. . Le Dr Manhattan, par exemple, allait en Irak. En gros, ils l'avaient vidé de l'essentiel et j'ai tout de suite compris que j'allais accepter, faire le dos rond au début, avant de commencer à leur faire admettre l'idée que j'allais le faire à ma sauce.
Une fois ce processus lancé, j'ai été très direct, je leur ai dit qu'il ne pouvait s'agir en aucune façon d'un film sur la « guerre contre le terrorisme ». Cela n'avait aucun sens pour moi, cette idée d'avoir à m'exprimer sur cette guerre, d'avoir à filmer l'avis de Zack Snyder sur la politique internationale moderne. Je leur ai clairement signifié que c'était une énorme impasse et que je souhaitais me fonder sur le matériel original et le restituer le mieux possible. Je leur ai enfin lourdement expliqué que cette bande dessinée tenait un discours à l'opposé du film qu'ils souhaitaient. Mais évidemment, ils raisonnaient en termes de franchise...

Avec un film seulement interdit aux moins de 13 ans, non accompagnés...?


ZS: Tout à fait, de bout en bout

Mais ce film reste entièrement politique, non ?Tous vos films le sont d'ailleurs?


ZS : Absolument. Il s'agit sans doute du plus politique de mes trois films, du plus ouvertement politique. C'est d'ailleurs ce que je leur ai expliqué, qu'il était finalement plus politique à l'origine. J'ai dû les convaincre qu'il raisonnait trop selon l'air du temps, qu'on serait un autre commentaire bidon sur les gros titres des journaux si on suivait leur idée. L'intérêt d'une adaptation fidèle, c'est qu'elle devienne une métaphore qui a plus de résonance car elle pousse les gens à s'interroger, à se forger leur propre opinion. C'est plus puissant que moi exprimant une opinion.

Mais les films sur la guerre contre le terrorsime ont plutôt bien marché, Non?


ZS : Oui, c'est vrai. Les gens adorent. Ils sont incroyables...


Auriez vous adapté le film de la sorte sans le succés de 300?


ZS : Jamais de la vie... Enfin... Écoutez, le studio a toujours énormément soutenu le projet même après que j'ai détourné sa franchise super cool de super-héros en film d'art zarbi. Il m'a toujours soutenu depuis les discussions autour de la distribution de 300. Avec 300, on était à peu près sûr de ne s'adresser qu'à une niche de fanboys et à quelques fans de cinoche d'action.Et tout le monde pensait que l'amérique moyenne n'aimerait pas ce film sur une horde de mecs à poil et qui donne une léçon d'hitoire, que c'etait le dernier truc que les gens iraient voir"Ca ressemble à une rave de gays, ca na va jamais marcher !"je ne savais pas quoi répondre part que le film était en boîte, qu'il était ce qu'il était et qu'on ne pouvait plus vraiment le changer. Et finalement, les cadres du studio l'ont soutenu, en me donnant le bénéfice du doute, car per¬sonne en vérité ne savait quoi en penser. Je crois qu'il s'est passé un peu la même chose avec Watchmen. Je ne sais pas si ce film va rencontrer son public mais eux, ils ne savent pas exactement cerner mon film. Il s'agit, comme 300, d'autre chose. Politiquement, il est même à l'exact opposé de 300. J'espère qu'après ça, les gens ne me demanderont plus si 300 exprimait mes idées politiques et que je n'aurais plus à expliquer que 300, c'est le bouquin de Frank Miller. Il est ce qu'il est. Watchmen, c'est le bouquin d'Alan Moore et je ne vais pas censurer leurs opinions avec les miennes. Ce n'est pas en tout cas la façon dont j'avais envie de l'adapter.

Jusqu'à quel point etiez-vous impliqué sur la bande son et le choix des deux morceaux de Leonard Cohen?


ZS : ? Ouais, deux titres de Léonard Cohen, c'est cool ! Mais il s'agit exactement des morceaux ce que j'écoutais lorsque je dessinais le storyboard. La bande son vient de là, toutes les chansons que j'ai choisies.

Et les morceaux issus du milieu des années 80?


ZS : Il y en a deux comme 99 red bailoons. Un ami m'avait demandé pourquoi, je lui ai dit de lire les paroles


Parlez -nous du casting de Billy Crudup en Dr Manhattan.Qu'est-ce qui vous a convaincu chez lui?


ZS : C'est un acteur merveilleux, il a fait des performances incroyables et il possède ce calme, ce côté un peu distant qui me faisait penser à Dr Manhattan. Je lui ai un peu menti car je sais qu'il n'a pas compris tout de suite qu'il passerait tout le tournage en pyjama constellé de petites lumières. Au-delà de ça, ce qui est génial, c'est qu'un comédien apporte un plus par rapport à la BD. Il peut, par exemple, faire passer le fait que Manhattan est un personnage toujours à la limite de la tristesse. Un acteur réintroduit l'émotion qu'on perd au fil de la lecture car Watchmen est tellement hygiénique, tellement émotionnellement hygiénique.
On perçoit rarement les personnages comme des personnages en souffrance, en particulier lui, car la construction est si intellectuelle. On est constamment distraits par le fourmillement d'idées, on oubliant les personnages qui y sont rattachés. Et Billy permet de rééquilibrer ça, il a apporté une sorte de profonde tristesse à Dr Manhattan que j'ai trouvée cool. On m'a souvent objecté que la magie de cette BD, c'est les niveaux de lecture, le jeu des répétitions graphiques, qu'on peut la lire à l'envers, qu'on ne peut pas faire ça avec un film. Je rétorque qu'une bande dessinée ne peut pas vous faire pleurer.

A- T'il été plus dur de filmer 300 en studio devant des fonds verts ou Watchmen avec tout ses décors et ses effats réalisés en direct?


ZS : Je ne sais pas lequel est le plus dur. Je les appréhende plan par plan. C'est un peu comme ça que je vois les films, plan par plan, et quels que soient les outils B j'utilise pour faire fonctionner le plan. Même si nous avons tourné 300 devant s fonds verts, je m'en souviens très peu, car je devais penser en permanence aux milliers de gars en arrière plan et à la géographie des lieux. Nous avions eu l'idée d'une pré-visualisation en direct qui aurait permis d'avoir des décors sommaires sur un retour vidéo mais c'était trop coûteux, au final. Nous avons opté finalement pour une maquette des décors qui nous permettait de nous repérer. Ce fut beaucoup de galères et de plaisirs, mais la vérité, c'est que Watchmen, c'est une réalisation à une caméra, il n'y a pas de seconde équipe. Nous avons filmé un plan à la fois, méticuleusement. Chaque scène avait du concret sur lequel s'appuyer. Si nous avions le Dr Manhattan en train de serrer la main à Kennedy devant la Maison-Blanche, nous avions un coin d'herbe avec une lumière naturelle à l'extérieur. Il ne s'agit plus du tout de la même approche, mais cela ne nous a pas empêchés d'être malins et prévoyants. Par exemple, l'appartement de Rorschach et de sa mère, c'est le même décor que le logement de Moloch. Nous avions conçu ce décor pour pouvoir le reconfigurer et en faire deux espaces complètement différents.

J'ai l'impréssion aussi que vous avez plus de choses à filmer sur Watchmen que 300?


ZS : C'est vrai. Il n'y a pas de gros plans dans 300, pas de détails à relever. Ici, chaque accessoire, chaque pins, chaque sac à main, chaque parcelle de décor semble avoir une importance totalement fétichiste.

Construire le vaisseau du Hibou était par exemple indispendable?


ZS : Nous en avions besoin dans plusieurs scènes. Il se passe tellement de choses autour et à l'intérieur de ce vaisseau. Comme nous l'avions construit pour le décor du Hibou, nous nous sommes simplement dit qu'en le suspendant à des câbles, nous aurions quelque chose de moins cher et de finalement bien mieux pour les autres scènes.

QUE POUVEZ-VOUS NOUS DIRE DES COMEDIENS, LES FANS SONT INTRIGUES MAIS L'AMERIQUE MOYENNE, JUSTEMENT, RECONNAIT MOINS CES COMEDIENS. VOUS A-T-ON MIS LA PRESSION POUR ENGAGER DES ACTEURS DE PREMIER PLAN DU CALIBRE DE TOM CRUISE ?


ZS : Il y avait un peu de ça au début, cette idée de faire une version Ocean's eleven de Watchmen. Le problème, c'est qu'il y a peu de stars capables de se soumettre à un tel projet. Si vous engagez un gros poisson pour jouer Ozzy ou Rorschach, inévitablement, il va venir vous voir en suggérant une idée pour une nouvelle scène avec son personnage. Puis il vous explique qu'il a engagé un scénariste de son côté et que ce serait pas mal de lire ce qu'il a fait... Patrick était le premier avec qui on a signé. Il a un peu annoncé notre politique pour les comédiens. Les gens du studio n'était pas contents, j'ai dû leur rappeler que, avant 300, personne non plus ne connaissait vraiment Gerry Butler. Il s'agit avant tout du film et de son concept, pas d'une distribution. Ils sont par ailleurs tous formidables, ils ont tous développé quelque chose de particulier sur une base commune, un style un peu surnaturel, volontairement surjoué, comme dans un cartoon. On aurait pu faire quelque chose de complètement réaliste, mais cela n'avait pas trop de sens pour moi. On a traité la BD avec une dévotion absolue, comme si c'était un texte sacré écrit il y a trois mille ans. Il y avait beaucoup de révérence de la part des comédiens. Caria Gugino, par exemple incarne une Sally Jupiter inconcevable dans la réalité, mais c'est notre objectif, de styliser les performances, toujours à la limite, comme dans 300, cela pour conserver une énergie quelle que soit la scène et avoir toujours un commentai¬re très clair sur ce qui se passe. On aurait pu faire un commentaire très poignant et très réel sur une vieille vedette de cinéma dans son petit pavillon de Palm Springs, mais on aurait fait une version du film par Darren Aronovsly ou Paul Greengrass. Des versions probablement moins théâtrales que la nôtre, mais je préfère les films qui ont leur propre conscience, leur propre battement.

Vous avez modernisé la fin, n'est ce pas?


ZS : Je ne vais pas m'étendre sur les raisons... Je dirais que cela résulte d'abord de la nécessité de rester avec Dan, Laurie et Rorschach. Nous avons senti que nous avions besoin de prendre cette direction tout en conservant l'esprit de la fin originale.

Êtes vouss Satisfiat de la réponse que provoque le film?


ZS : Oui. J'adore quand la culture de masse ne fait pas trop ce que l'on attend d'elle. Et c'est rassurant de se dire qu'un studio a quelque part admis qu'il existe une place pour un film aussi peu conventionnel. Je pense que les gens n'ont pas trop envie de voir un autre Quatre Fantastiaues. Ils n'en peuvent plus, leur cerveau ne se laissera pas faire. Le génie de ce bouquin réside dans sa narration et son message très subversif qui, à l'époque, avec Dark knight, la BD de Frank Miller, assumait un « allez tous vous faire foutre » général. La chose inconcevable dans ce projet, c'est que ce géant de 100 millions de dollars existe sans que personne soit capable de le décrire. Si c'est une formule à succès, c'est con pour eux car ils ne pourront pas recommencer. C'est à la fois déroutant et très agréable. Ils m'ont laissé faire un film cher, difficile et ils m'ont apporté beaucoup de soutien.

EST-CE QUE C'EST LA WARNER BROS. QUI VOUS A COLLE CETTE ETIQUETTE DE « REALISATEUR VISIONNAIRE » ?


ZS : Ouais, c'est intéressant. Je me souviens même l'avoir remis en question, j'avais un peu honte. Et ils m'ont répondu sèchement que si je souhaitais les voir gar¬der leur boulot, je devrais leur faire confiance là-dessus. J'ai dit 0K... (Rire.)

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Elfman : Burton Planete Sauvage  (Interwiewthek) posté le samedi 13 décembre 2008 22:47

 

Danny Elfman évoque les moments clés de sa collaboration avec Tim Burton.

 

 

PEE-WEE BIG ADVENTURE (Tim Burton, 85)

«J'ai assisté à une réunion avec Tim Burton et Paul Reubens, qui interprète Pee-Wee Herman. Tim me connaissait par mon groupe de rock, Oingo Boingo, et Paul par Forbidden Zone petit film underground que mon frère avait réalisé. Ils m'ont proposé d'écrire la musique de leur film. Je leur ai dit qu'ils étaient fous, je suis rentré composer une courte démo que je leur ai envoyée. Trois semaines plus tard, ils m'engageaient. Sur le coup, j'ai paniqué et j'ai failli refuser. Mais après tout, ce qui pouvait arriver de pire, c'était que je ruine leur film... Ils l'auraient cherché.»

 

 

 

BATMAN (Tim Burton, 88)

«J'étais plutôt sceptique, n'ayant jamais touché au film d'aventure. Beaucoup de gens, notamment les producteurs, me croyaient incapable de le faire. Ils avaient peur de voir ce compositeur un peu tordu s'attaquer à un film sombre et sérieux. L'un d'eux, Jon Peters, qui fut très dur avec moi au début, est devenu mon plus fervent supporter. Il s'est battu pour que ma partition sorte en CD, parallèlement au disque «officiel» qui contenait les chansons de Prince. Une pratique peu répandue à l'époque...»

 

 

 

EDWARD AUX MAINS D'ARGENT (Tim Burton. 90)

«Mon meilleur souvenir. Un film lyrique, d'une touchante simplicité, le meilleur de Tim. jE me suis senti beaucoup d'affinités avec l'histoire. Et ça m'a ouvert de nouvelles portes: je suis devenu romantique. C'est pro­bablement ma partition la plus imitée. J'ai entendu tel­lement de versions d'Edward...! Quand j'allume la télé vers Noël, c'est terrifiant...»

 


 

LÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK

(Henry Selick, 93)

«J'ai passé deux ans et demi sur ce film. J'étais producteur, j'ai fait la moitié des voix,les chansons et les paroles... Je me suis donné beaucoup de mal pour ne pas sonner comme du Disney et m'écarter des standards de ce genre de films que je déteste.

»Juste après, j'ai commencé à travailler sur Ed Wood. C'est à ce moment que Tim et moi avons eu une dispute. Avec le recul, je me rends compte que ça devait arriver: nos rapports étaient trop intenses, intimes, et je m'étais tellement investi dans L'Étrange Noël de Monsieur Jack... Il fallait que ça explose. Nous avons juré de ne plus nous adresser la parole. Tim et moi, nous sommes un peu comme des frères "dysfonctionnels". Je me suis d'ailleurs battu à plusieurs reprises avec mon propre frère, en jurant aussi de plus lui parler.Mais ça ne dure pas ,à un moment ou à un autre, on revient toujours vers sa famille. C'est un peu ce qui est arrivé avec Tim.»

 

 

 

MARS ATTACKS! (Tim Burton, 96)

«Je l'ai retrouvé un an plus tard dans un café au Kansas, oil il tournait Mars Attacks! On s'est rendu compte de la bêtise de la situation, on est tombé dans les bras l'un de l'autre, une tasse de café, et c'était fini! Ce soulagement transparaît dans le film, où la musique est complètement libérée, misant uniquement sur l'humour et la folie.»

 

 

 

LA PLANÈTE DES SINGES (Tim Burton, 00)

 

«Pour me préparer, je me suis enfermé dix jours dans un hôtel parisien hors de prix, passant mes journées à manger et à picoler avec quelques amis. À la fin, quand j'étais bien préparé, je suis rentré.J'étais un guerrier, je savais que je ne dormirais plus pendant trois semaines.J'ai joué la moitié de la musique moi même, avec mon stock de percussions.Tim m'a interdit toute concessions au classicisme hollywoodien : dés que je sonnais trop héroique, il réagissait immédiatement.

 

 

Charlie et la chocolaterie et Les noces funèbres sont malheureusement pas critiqués par Danny Elfman .

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Edourdo Sanchez Daniel Myrick : MoRtel randonneurs  (Interwiewthek) posté le samedi 25 octobre 2008 00:32

Nouvelle rubrique dans Tchi Tcha, des interwiew d'acteurs , réalisateurs sur des films cultes

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Au placard effets spéciaux, grosses bébêtes et entités cornues, eclaboussures gore et tripaille.Tranfuges du court métrage Eduardo Sanchez et Daniel Myrick démontrent qu'avec les poches vides et une idée en tête, des débutants à peine sortis de l'université peuvent terrifier les plus basés des consommateurs du cinéma fantastique.Tout est dans l'art et la manière d'accomoder les poncifs.

 

 

Comment est né Le projet Blair Witch ? Par une sombre nuit d'orage ?

 Daniel Myrick : Oh non ! C'est arrivé un beau jour ensoleillé. Nous étions chez moi à regarder une cassette, tout en discutant du cinéma fantastique. Eduardo et moi aimons ce genre depuis notre enfance. Rapidement, nous en sommes venus à nous demander s'il existait encore un moyen de tourner un film de terreur qui soit radicalement différent des autres, de mettre en œuvre un projet original qui ne coûte pas cher. Ce qui n'est pas évident puisque, dans ce domaine, tout semblait avoir été déjà fait.Toujours durant la même conversation, Eduardo et moi nous sommes trouvé une autre passion commune un intérêt pour les "mondos", ces documentaires crapoteux qui fleurissaient pendant les années 70.Il en existe sur tous les phénomènes ou etranges, les soucoupes volantes, la sorcellerie, le yéti...Tout naturellemnt, nous en sommes venus à nous demander s'il etait possible de combiner documentaire et fiction.Voila comment est né Le Projet Blair Witch.

 

 

 

 

 

 

Qu'aviez-vous en tête en tournant le film ? Faire passer des vessies pour des lanternes, autrement dit la fiction pour la réalité?

 

D.M : Avant que Blair Witch ne deviennt un long métrage de cinéma, c'etait un bout d'essai de huit minutes qu'une émission du cable a diffusé, prétendant qu'il s'agissait d'un vrai reportage.Beaucoup de téléspectateurs ont gobé la supercherie et certain nous en ont méchamment voulu de les avoir menés par le bout du nez.D'où la naissance d'une petite polémique. En fait, Eduardo et moi désirions que Le projet Blair Witch crée l'illusion de la réalité, que le spectateur y croie pendant la projection.mais pas que le film essaie de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Ce qui est une nuance très importante.

 

On Imagine aisément que, pour les besoins du film, vous vous êtes documentés sur toutes les superstitions, prétendues malédictions et lieux maudits des Etats-Unis...

Eduardo Sanchez : Pas vraiment. Etant plongés là-dedans depuis des années, Daniel et moi avons rassemblé dans un coin de notre mémoire une somme assez incroyable d'informations. Gamins, nous étions à fond dans ce truc. On adorait les monstres et les fantômes. Intuitivement, nous savions ce qui faisait peur à l'écran. Ou plutôt ce quinous faisait peur. On n'a pas eu â se torturer les méninges pour imaginer l'histoire de ces trois reporters dans une forêt hantée. Nous avons tout de suite su ce qu'il fallait faire, ce qu'il fallait créer comment restituer une atmosphère.Il fallait déjà, au départ, s'appuyer sur une légende. Le B.A.BA de toute superstition ! DM. : Nous avons tout inventé de A à Z en grapillant inconsciemment «les informations dans notre mémoire, dans notre imagination.Pas question cependant de délirer ; nous tenions impérativement à ce que tout paraisse naturel, authentique, logique. Voilà pourquoi tous les matériaux viennent directement du bois : les pierres, les branches... Du bio, en somme ! La moindre fantaisie aurait tout foutu en l'air.

 

 

Votre science de la terreur force le respect : vous ne montrez rien de concret et, surtout, vous abandonnez le spectateur à ses propres théories sur la malédiction...

 

E.S. : Le projet blair Witch fonctionne sur des émotions fondamentales. Et, pour ça, ne rien montrer constituait encore la meilleure solution. De toute manière, nous n'avions pas les moyens de nous payer de luxueux effets spéciaux. Avec nos quelques dollars, notre sorcière aurait vraiment paru ridicule ! Mieux valait captiver le spectateur en ne donnant pas toutes les réponses à ses questions sur les origines de la malédiction, de la symbolique des talismans. C'est très bien que les gens continuent à chercher, à réfléchir après la projection. Nous sommes ravis de savoir que le film hante vraiment certaines personnes longtemps après qu'elles l'ont vu ! Notre seule ambition n'était-elle pas, après tout, de faire peur ?

D.M. : Nous voulions également que Le projet Blair Witch progresse sans donner au public l'origine des événements. La source pourrait être soit surnaturelle soit tout à fait cartésienne. La conséquence des actes d'une bande de psychopathes, par exemple, ce qui, en soi, constituerait ne option crédible. Il était important que le film entretienne ce doute. Rien n'indique effectivement qu'il ne s'agit pas d'un être humain ou plusieurs qui tirent les ficelles de la malédiction de Black Hills. Jusqu'au dénouement, du moins...

 

Sur le terrain, au jour le jour, comment s'est déroulé le tournage ?

 

E.S. : Il faut beaucoup tourner, accumuler énormément de matériel pour réussir un tel film. Nous sommes parvenus à un total de quasiment vingt, heures de rushes. Mais l'avantage que nous avions sur un film fabriqué dans des conditions conventionnelles, c'est que nous pouvions à loisir changer d'angle de prises de vues oij d'axe sans mobiliser une équipe. Multiplier les prises ne nous coûtait rien, seulement de la pellicule ! Un tournage sauvage comme celui-là nécessite des efforts considérables, mais offre l'atout de tout essayer, de tout tenter. Et, finalement, de garder le meilleur !

D.M. : Nous avons tourné dans les bois six jours durant, pratiquement vingt-quatre heures par jour ! La nuit tombée, nous continuions. Et les trois comédiens aussi, évidemment. Et on peut dire que Heather Donahue, Michael Williams et Joshua Léonard ont joué le jeu à fond. Ils ont accepté de vivre les épreuves physiques de leur rôle, endurer les mêmes conditions de vie. C'était indispensable afin qu'ils aient l'air au bout du rouleau à l'écran. Nous savions que leur performances seraient plus crédibles dans des circonstances aussi extrêmes, aussi pénibles physiquement. A la fin du tournage, ils nous suppliaient de leur donner à manger. Ils avaient faim, froid, ils étaient crasseux, lessivés et faisaient leurs besoins là où ils pouvaient les faire. Nous aussi, nous étions à bout, à gémir "on veux rentrer à la maison !" tout en pensant au montage des kilomètres de pellicule que nous avions accumulés.

 

 

 

L'efficacité du Projet Blair Witch repose sur une idée à la fois puissante et très fragile : la technique du documentaire assumée à 100 %...

E.S. : C'est un exercice périlleux, en effet. Nous devions en permanence donner l'illusion d'un véritable documentaire. Du coup, pas de droit à l'erreur. Lorsque, par exemple, la personne qui porte la caméra entend un bruit suspect, elle ne doit pas spontanément se retourner pour filmer ce qui se passe. Il fallait d'abord entendre les voix inquiètes de trois protagonistes, montrer que la caméra hésite à fixer le point d'origine du bruit. Ce qu'elle finit par faire. C'est ainsi que les choses se dérouleraient dans la réalité. Pour y adhérer de plus près encore, nous nous sommes refusé les travellings trop sophistiqués, les déplacements d'appareil qui font un peu trop professionnels. A continuellement tourner dans les bois, huit jours durant, on n'a pas vraiment l'occasion de soigner le cadre et les éclairages. Le projet blair Witch ne devait pas ressembler de près ou de loin à une fiction hollywoodienne.

D.M. : Produit avec un budget conséquent, des techniciens chevronnés et des stars, Le projet Blair Witch ne susciterait pas la peur un seul instant. En le tournant, nous avons compris que notre misère économique faisait paradoxalement notre force, qu'elle donnait une tonalité unique au projet. Tout ce qui est dans des circonstances normales l'ennemi du réalisateur est devenu notre allié le plus précieux. Nous n'avons pas planifié, prévu le manque de lumière de certaines scènes, le son parfois à peine audible... Reste que ces bavures abondaient dans le sens d'un film plus terrifiant encore ! Refaire Le projet Blair Witch avec un gros budget serait un non-sens, une absurdité. Par contre, réaliser une séquelle ou une préquelle selon une technique traditionnelle aurait davantage de signification.

Savez-vous que la technique du faux reportage comme matière première d'un film de fiction avait déjà été mise à profit par un cinéaste italien, Ruggero Deodato, pour son film Cannibal holocaust ?

D M.  Oui C'est vrai qu'il y a de nombreux points communs entre les deux films. Nous n'avons appris l'existence de Cannibal holocaust qu'au Festival de Sundance, où Le projet blair Witch était présenté pour la première fois au public et à la presse. Après coup, de retour chez moi, je l'ai trouvé dans un minuscule vidéo-club. Ce n'était même pas une  cassette éditée dans les règles, mais la copie d'un passage télé ! Nous n'avons pu que constater la parenté. Bien qu'il soit assez dégueulasse, le film nous a bien fait rigoler !

 

 

Combien a coûté Le projet Blair Witch ?

E.S. : Le prix d'une belle voiture neuve. Mais pas une Jaguar, une Ford. Peut-être une Corvette !

Si Cannibal holocaust, qui ne verse pourtant pas vraiment dans la gaudriole, vous fait marrer, quels sont les films qui vous ont procuré quelques doux frissons ?

  

E.S. : L'exorciste, La malédiction, Shinirig, L'enfant du diable avec George C. Scott... Et aussi The Legend of Boogie Creek, qui parle d'un yéti en activité dans l'Arkansas !

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