Cinechronik

Le Joker !! Nicholson ou Ledger ?  (Cinechronik) posté le samedi 28 février 2009 00:48

Etes vous plutôt Nicholson ou Ledger ou les deux ?

Burton et Nolan ont des approches différentes de l'histoire et du personnage. 
Burton mise plutôt sur la fantaisie, il ne cherche pas le réalisme, et donc montre donc plutôt le côté exubérant (exubérance meurtrière cependant) du Joker. Là il a plutôt le rôle du bouffon qui a pété un câble. Et dans ce genre Nicholson est extraordinaire, on peut comparer sa performance à celle de Shining, dans les 2 cas c'est excessif, poussif mais aussi meurtrier. 
Quant à Nolan il aborde plus le réalisme et le psychologique. Là il montre un Joker comme un homme comme tout le monde (ayant probablement eu une vie privée comme n'importe qui), d'ailleurs il suffit de constater que dans TDK Joker se maquille le visage alors que dans le film de Burton il s'agit d'une conséquence de son accident dans le bassin toxique, ce qui prouve qu'il est un homme avant d'être le bouffon burtonien. 
Cependant ce que montre Nolan, c'est que le Joker est un homme qui a connus et subis des choses qui l'ont fait sombrer dans la psychose et on fait de lui ce psychopathe et ce sociopathe si terrifiant. Dans TDK on doit donc sentir qu'il s'agit d'une personne à part entière qui n'est pas né forcément pour tuer (contrairement au perso de Nicholson où l'on sent qu'il s'agit véritablement d'un personnage crée pour l'occase (je parle pas du film précisément là)) et du coup on peut le rapprocher fortement de Dent. 
Bref la version de Nolan se concentre profondément dans le Joker, dans l'homme, dans l'être et non plus dans le bouffon. 
Ce Joker est parfaitement crédible, ce types de personnes existent réellement, c'est ce qui le rend encore plus terrifiant mais aussi proche de nous, de notre réalité. 
Et donc par conséquent il fallait un acteur qui puisse jouer intensément dans cette gamme. Et il faut dire que Ledger est magistral, puissant et effrayant. 
Pour moi il n'y a pas de performance qui surpasse l'autre. Ils sont mêmes complémentaires je dirais car Nicholson et Ledger font du Joker LE personnage le plus marquant de tout les films estampillés Batman. 
Moi même avant d'avoir vu TDK je me disais que personne ne pouvait être aussi génial que Nicholson, pourtant je fut extrêmement et très agréablement surpris de voir que je me trompais.

 

 


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L'hysterie Twilight  (Cinechronik) posté le samedi 03 janvier 2009 20:22

 

 

Le 2 juin 2003, Stephenie Meyer, mère de famille mormone de Phoenix, Arizona, a fait un rêve. Rempli de vampires. « Je m'en souviens très clairement, raconte l'auteure. C'était le chapitre 13 de Fascination (premier des quatre tomes de la saga "Twilight"), dans lequel Edward révèle sa nature à Bella au milieu d'une forêt. Je me suis réveillée en me demandant ce qui allait se passer : allait-il l'aimer ou la tuer ? » Bella, c'est l'héroïne, une lycéenne contrainte de revenir vivre chez son père dans une petite ville paumée de l'État de Washington où elle va rencontrer Edward Cullen. jeune homme mystérieux peu branché O' pour une simple (et bonne) raison : c'est un vampire qui vient de fêter ses 108 ans. Meyer s'est alors mise à écrire compulsivement la nuit, enchaînant les chapitres de ce qui allait devenir Twilight, relecture moderne de Roméo et Juliette. les canines en plus. Une question continue quand même de nous tarauder : qu'est-ce qui pousse une mère au foyer à rè\"er de vampires ? « Je n'en ai honnêtement aucune idée, s'amuse-t-elle. Rien ne me prédisposait à imaginer cette histone. »

 

 


OK, une autre : que dois-je faire pour avoir l'un de ces songes qui se traduisent par 18 millions de livres vendus ? « Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter ce rêve, répond-elle, le sourire aux lèvres. Mais bonne chance ! » Traduite dans trente-sept langues, la saga Twilight est le phénomène que les librairies n'osaient plus espérer après la parution des ultimes aventures d'Harry Potten Les vampires de Stephenie Meyer n'évoluent pas encore dans la même stratosphère, mais leur impact est difficile à ignorer. « J'ai commencé à réaliser l'ampleur du succès quand il m'est devenu impossible de me frayer un chemin lors des séances de dédicaces, raconte l'auteure. Au début, il y avait à peine quarante personnes.

 

 


Maintenant, c'est carrément la folie. » Il faut les voir pour y croire, à ces « Twilighters », des fans complètement mordus qui ne ratent pas un événement en rapport avec la série. Ce sont souvent des adolescentes, mais aussi des mères de famille répondant au surnom de Twilight Moms. Le merchandising bat son plein, les bouquins ne décollent pas de la liste des best-sellers du New York Times (le deuxième. Tentation, y a passé cinquante semaines), et les blogs consacrés à l'œuvre pullulent. Tapez « Twilight blog » dans Google, et vous obtiendrez douze millions de réponses. Le rêve de Meyer, comme l'écrivait l'hebdo américain Entertainment Weekly, a accouché d'un véritable « empire des vampires ».



COMPLÈTEMENT À CROCS
Hollywood n'a évidemment pas tardé à frapper à la porte de l'écrivaine, MTV Films remportant les droits de Twilight en avril 2004. « Si les gens de la Paramount (qui distribue les productions MTV) avaient eu le choix, je crois qu'ils auraient carrément supprimé les vampires de l'histoire. (Rire.) Ils auraient pu faire réaliser le scénario développé à l'époque et ne pas l'appeler Twilight vu le peu de points communs qu'il avait avec le livre. » Lorsque la Paramount libère les droits, en 2007, Summit, société de production en train de se transformer en ministudio, s'en empare après avoir senti la franchise potentielle et confie la réalisation du film à Catherine Hardwicke (Thirteen, Les Seigneurs de Dogtown). Dans le cahier des charges, une seule directive : s'assurer d'une fidélité sans bornes au roman. Ce serait quand même dommage de se mettre 18 millions de fans à dos... Sans surprise, les Twilighters ont suivi le développement du projet à la loupe. L'arrivée de la première bande-annonce du film a permis de mesurer l'engouement : 4 millions de téléchargements en deux jours. Sur YouTube, on trouve environ 300 vidéos de fans (oui, principalement des adolescentes) filmant leur réaction à la vision des images (« Oh, mon Dieu ! », « Je crois que je vais pleurer tellement Edward est beau ! »). « L'enthousiasme qui transparaît de ces vidéos est tout simplement hallucinant, confirme Stephenie Meyer. Voir ces filles courir à travers leur chambre pendant qu'elles découvrent la bande-annonce... Incroyable ! » Ce film, c'est ce qu'il manquait à Twilight pour devenir un vrai phénomène planétaire. Maintenant que leurs personnages préférés ont un visage, les fans peuvent s'abandonner à l'hystérie la plus totale, de celles que l'on croyait réservées aux groupes de rock. En juillet dernier, au Comic-Con de San Diego, grand raout annuel du cinéma et des comics où l'on donne aux fans un avant-goût événements à venir, on s'était étonnés de voir des gens camper devant le Convention Center Intrigués, on leur avait demandé s'ils étaient venus voir Keanu Reeves ou Mark Wahlberg. Non, ils allaient passer la nuit dehors pour être sûrs d'apercevoir les stars de Twilight le lendemain. « Twi... quoi ? », avait-on rétorqué, en toute ignorance de cette folie qui n'allait plus cesser de monopoliser la pop-culture. Partout où ils mettent les pieds, les comédiens Kristen Stewart (Panic Room, Into the Wild) et Robert Pattinson (Harry Potter 4) déclenchent larmes et cris stridents, « Le plus dingue ?, raconte Pattison, interprète du vampire Edward. Une gamine de 13 ans m'a demandé très sérieusement de lui mordre le cou ! » Si l'acteur essaie encore de comprendre ce qui est en train de lui arriver, les 70 millions de dollars engrangés par Twilight lors de son premier week-end d'exploitation aux États-Unis ont entériné une réalité : l'hystérie n'est pas prête de retomber.

 

 

Article paru dans Première n°384

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Petits Budgets Grosses Frayeurs !!!  (Cinechronik) posté le samedi 25 octobre 2008 01:03


Nul besoin de rouler sur l'or pour réaliser un film fantastique ou de terreur qui tienne la route.Au contraire.Mais Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, les compères du Projet Blair Witch, ne sont pas des pionniers.Les ont précédés quelques autres cinéastes notoires qui ont testé le genre dans des circonstances analogues....

 

En 1964, le pape du gore, Hershell Gordon Lewis, inaugurait une addition qui fera école dans le cinéma fantastique : micrô-budget + une cambrousse quelconque ou un bled reculé comme décor + terreur viscérale distillée à haute dose = film culte. Pour à peine trente mille dollars et le bénévolat d'amateurs motivés, Gordon Lewis boucle ainsi 2 000 maniacs .', l'histoire des villageois hilares de Pleasant Valley (alias St Cloud, en Floride), démembrant et mutilant les touristes de passage dans une atmosphère de liesse paroissiale. Un investissement ridicule pour des recettes astronomiques à l'arrivée. Homme d'affaires avisé, Gordon Lewis récidivera un peu plus tard avec Color Me Blood Red et The Gore-Gore Girls...

 

Lorsqu'il entreprend La nuit des morts-vivants en 1967, George Romero tient le même raisonnement, l'opportunisme cupide en moins. Ficelé dans les environs de Pittsburg, Pennsylvanie, grâce au matériel d'un studio dévoué aux films publicitaires, la Nuit en question ne coûtera que cent cinquante mille dollars. L'équivalent actuel de l'enveloppe café et thé de Titanic... De plus, l'invasion des zombies de Romero fait alors la preuve éclatante que le fantastique gagne en crédibilité et en réalisme à s'appuyer sur un style "économique", calqué sur celui du documentaire, le résultat du peu de moyens de ses illustrateurs.

 

 

 

Fauché, Wes Craven l'est aussi quand il tourne "La dernière maison sur la gauche", trois ans plus tard. Cent mille dollars, une caméra 16 mm, les charmes bucoliques d'un sous-bois du Connecticut, un manque flagrant de professionnalisme... Tout contribue paradoxalement à faire de la vengeance des "civilisés" sur leurs agresseurs une référence incontournable dans l'art de la terreur. Au fil des années, La dernière maison... amassera près de vingt millions dollars de recettes, soit à. peine moins que La colline a des yeux, du même Wes Craven, produit pour deux cent cinquante mille dollars sous le soleil brûlant du désert de Californie...

 

 

 

Eprouvant, mais pratiquement gratuit comme plateau. Au même titre que les cent quarante mille dollars de Massacre à la tronçonneuse, somme investie par une foule de businessmen et de politiciens d'Austin et dépensée localement dans le plus reculé des bleds du Texas. Transcendée par un cinéaste en état de grâce, la méthode dite Hershell Gordon Lewis livre avec Massacre... son chef-d'œuvre absolu, balisant le parcours d'Eduardo Sanchez et de Daniel Myrick pour Le projet Blair Witch.

 

 

Ce à quoi contribuera également le Sam Raimi d'Evil dead. En  1981, le tout jeune réalisateur réunit seulement cinq cents mille dollars collectés auprès de dentistes, notables et avocats de Détroit et parcimonieusement dépensés, onze semaines durant, dans les bois du Tennessee... Dix-huit ans plus tard, les duettistes Sanchez & Myrick se sont montrés plus radins encore avec leur film. Economie sur l'hémoglobine oblige !

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Un bon coup de pied au Culte  (Cinechronik) posté le mardi 21 octobre 2008 22:27

Très subjective, cette notion de film culte.En effet, un peu à l'image des religions, le culte de l'un n'est pas forcément celui de l'autre : de Titanic à Virus Cannibale en passant par Le père noêl est une ordure, Les frasques en odorama de John Waters ou les caleçonnades de Max Pecas, le terme, aujourd'hui galvaudé, réunit des titres en provenance de toutes les planètes artistiques.

Analyse d'un phénomene

 

Orange mécanique (1971)

Le Père Noël est une ordure, c'est quoi au juste ? Un classique de la farce teigneuse, la réussite éclatante et insolente de la troupe du Spiendid au cinéma, un usager fréquent du tube cathodique... Oui, mais encore ? Des répliques style "les doubitchous roulés sous les aisselles"... Pas de doute. Le Père Noël est une ordure est bien un film culte, chéri pour ses dialogues cinglants au même titre que ceux de Michel Audiard pour les Tontons flin-gueurs. Un film adulé pour son jubilatoire mauvais goût, pour sa désopilante cruauté, son comique qui tape sur les petites gens et son acharnement à dynamiter tabou sur tabou. Mais en l'absence de toute appellation contrôlée, pour un film foncièrement culte, combien aujourd'hui s'attribuent avec snobisme ce titre, convaincus que ce statut leur confère un magnétisme unique ? Pas à tort, d'ailleurs, car le ciné-culte implique une cote d'amour très forte, nettement au-dessus de la moyenne. Il implique également de l'anticonformisme, du politiquement incorrect, un cocktail de genres qui ne vont pas forcément bien ensemble, des excès... Bref, le ciné-culte ne porte pas d'œillères. Frondeur, insolent, il ose prendre des risques, aller là où les autres ne pointent pas le bout du museau. Il ne redoute ni le ridicule ni les foudres de la majorité morale et ne connaît aucune limite. Pas plus que ses spectateurs, d'ailleurs, toujours prompts à le revoir, à le redécouvrir dans des versions intégrales, non censurées ou bénites par leur réalisateur. Quand on aime, on ne compte pas. Ce n'est pas les aficionados qui ont dévoré Titanic à dix, vingt ou trente reprises qui diront le contraire.

 

La Horde Sauvage (1969)

 

Des films cultes, il y en a de toutes les tailles. De l'infiniment petit à l'infiniment grand. D'un côté CarefuI, surréaliste drame montagnard tourné dans un entrepôt désaffecté de Winnipeg par le Canadien Guy Maddin. Budget : un demi-million de francs. Box-office France : quatre mille malheureux péquins. Sur l'autre versant plastronne Titanic. Budget : un milliard de francs. Box-office en cours à l'échelle de la planète : dix milliards. Alors qu'est-ce qui lie deux films aussi dissemblables que CarefuL et Titanic ?

L'Empire contre attaque (1980)

 

 

Tout simplement l'attachement du public, l'affection. L'attachement au bizarre et au décalé dans le premier cas, et, dans le second, la passion et la nostalgie des grandes fresques romanesques à la Autant en emporte le vent. Le ciné-culte, c'est ça : un film qui s'adresse intimement à un spectateur, qui lui murmure à l'oreille qu'il n'a été tourné rien que pour lui. Communion d'esprit, de délire et de fantasme. Au point que le spectateur s'approprie l'objet de sa flamme, dont l'adoration ne s'effectue qu'entre connaisseurs. Voire entre convertis.

Titanic (1998)

Fort de cette intimité "sur mesure" habilement emballée, Luc Besson parvient ainsi à hypnotiser toute une génération en la baignant dans le liquide amniotique du Grand bleu. Naturel également que tous les motards tendance hippies s'identifient aux échappements libres de Fonda, Hopper et Nicholson dans Easy rider, ou que les amateurs de gros nénés se retrouvent dans les fantasmes mammaires de Russ Meyer, calife du bonnet D dégraissé de tout silicone via Supervixens, Megavixens et Ultravixens. Normal aussi que les gays vouent un ferme attachement au Querelle de Fassbinder, aux dérives obsessionnelles de Bruce LaBruce (No skin offmy ass) ou aux provos mi-trash mi-satiriques de Gregg Araki {The doom génération).

Les films cultes ne présentent aucun profil économique particulier. Que leurs auteurs se nomment James Cameron, Guy Maddin ou Russ Meyer n'a strictement aucune importance... Aucune importance, vraiment ? Sauf si le marketing s'en mêle, détournant le culte pour le dévoyer en entreprise commerciale, histoire d'écouler sur le marché des cargos de produits dérivés. Les objets du culte de «Star Trek», Star Wars et autres icônes de la science-fiction se constituent trop souvent de verroterie et de babioles. Les marchands du temple dressent leur échoppe sur les parvis des succès à forte longévité. James Bond & cie...

 

 

Les films cultes grouillent sur tous les fronts. Que ce soit sur les cimes ou dans les abîmes du box-office, ou encore dans les revues confidentielles à usage des fans de tel ou tel genre. Les films cultes prolifèrent même dans les encyclopédies du cinéma. La nuit du chasseur. Orange mécanique. Délivrance, Vol au-dessus d'un nid de coucou. Les diables, Seven, Taxi driver, Pandora, La horde sauvage, Brazil... De sensibilités très différentes, ces classiques cultivent soit le même grain de folie, soit l'individualisme forcené de leurs auteurs, soit la volonté d'aller jusqu'au bout de leurs intentions sans tenir compte des contingences commerciales. Car on ne ficelle pas un film culte vrai de vrai en courbant servilement l'échiné aux commandements du "ratisser large", en donnant pleinement satisfaction aux ligues de vertu. Au bûcher l'autocensure lorsque Stanley Kubrick réalise Orange mécanique ! Le cinéaste fonce, remue les estomacs et taraude les méninges. Du radical doublé de  questions délicates sur l'aliénation et la violence. Certains ne supportent pas, d'autres en redemandent. C'est le lot de tout authentique film culte : ne laisser personne indifférent, susciter des réactions, provoquer des positionnements parfois très tranchés. N'est-ce pas le cas d'un classique aussi contesté que Salo ou Les 120 journées de Sodome ? Vénéneux chef-d'œuvre pour les uns, ignominie passible de l'excommunication pour les autres...

 

Le pere noêl est une ordure (1982)

 

 Salo ou les 120 jours de Sodome (1975)

 

A la sélection de ses adeptes au portillon, David Lynch sait également y faire. Eraserhead, Blue velvet, Twin Peaks, Lost highway... Rien que des films ou séries qui titillent les terminaisons nerveuses des non-convertis en codant des récits déjà brumeux à la base, en explosant les balises de la narration traditionnelle. David Lynch ne cause pas à tout le monde, seulement à ceux qui apprécient de se laisser dériver dans les limbes de l'inconscient. Derrière un autel comme derrière une caméra, l'âme est la denrée essentielle du culte. L'âme damnée dans certains cas. La plus digne du label "culte".

 

Blue Velvet (1987)

 

 

Mais il n'y a pas que les ténors du 7' Art qui possèdent l'âme nécessaire à la réalisation d'un véritable film culte. Les obscurs, lestâcherons, les mauvais en sont également les légataires. Généralement, ceux-ci ne doutent pas un seul instant de leur supposé génie, et c'est de ce décalage que naît le culte. Le pire devient alors le meilleur sur une échelle des valeurs spectaculairement revue à la baisse

 !

Plan 9 from outer space(1959)

Pionnier dans le domaine de la vénérable nullité : Ed Wood, qui, dans les années 50, cherche à entrer dans l'Histoire du cinéma par la grande porte. Il y rentrera, certes, mais par une porte dérobée grâce au mythique "Plan 9 from Outer Space", dont Tim Burton et Johnny Depp évoquèrent les grands moments dans un film dédié à sa mémoire. Des enjoliveurs en guise de soucoupes volantes, un attirail scientifique réduit à un antique poste à galène... Plan 9 from Outer Space obtient ainsi son diplôme de film culte avec mention à force de comique involontaire, de dialogues ampoulés, de trucages nazes et d'amateurisme tous azimuts.

 

 

Sissi

Mais Ed Wood ne s'impose pas comme le seul réalisateur anobli par une absence totale de talent. Lui emboîtent le pas Max Pécas et ses comédies franchouillardes tonnant les mérites du monokini à Saint-Tropez, l'espagnol Jésus Franco et ses cent cinquante nanars ou quelque obscur tâcheron italien donnant dans le gore vomitif et d'autres préoccupés à gaver une poignée d'adhérents à leurs fantasmes. Nul n'étant prophète en son pays, le français Jean Rollin exporte formidablement bien des œuvrettes salaces mettant souvent en scène d'éthérées succubes nues. Le public français le méprise tandis qu'Anglais, Allemands et Américains lui vouent un culte particulièrement fervent en dépit d'une réalisation proche de l'amateurisme et de la consternante interprétation de comédiens de patronage...

Ré - Animator(1985)

 

2000 Maniacs (1964)

Par essence, le ciné-culte se pratique dans des chapelles, lors de séances de minuit et entre connaisseurs. S'il y a bien un genre qui les réunit avec une ferveur sans nulle autre pareille, c'est bien le gore, section tripailles et hémoglobine du cinéma fantastique. Mal vus, les amateurs de gore peuvent, entre eux, exprimer bruyamment leur bonheur d'assister à un festin anthropophage ou à des opérations chirurgicales sans autre anesthésie qu'un coup de burin sur le crâne... Viscères achetées à l'abattoir du coin, ketchup et latex composent l'arsenal de ce culte d'un goût très particulier, volontiers rigolard. Ici, on se moque de savoir si le film projeté réponde aux critères de la qualité, pourvu que ça pisse le sang et qu'on y prenne son pied. En la matière, des fleurons comme Braindead, Ré-aNimator, 2000 MaNIACs, Zombie, L'au-delà et Anthrophagous (avec l'homme qui se mange lui-même !) ne lésinent pas. Effets spéciaux gerbeux et imagination toujours effervescente garantis lorsqu'il s'agit de trouver un nouveau moyen d'éradiquer son prochain ! Et lorsque le réalisateur pète les plombs, c'est mieux encore, voire deux fois plus culte. Lorsque, par exemple, dans Virus cannibalt, un mercenaire hirsute saisit un chapeau-claque, une canne et s'en va chanter «Singing in the Rain» au milieu des zombies cannibales.

 

Lorsque, dans Les rats de Manhattan, un survivant, les yeux par l'angoisse exorbités, murmure : "Derrière cette porte, il y a des milliers de rats." et qu'on n'y voit en vérité que quelques malheureux rongeurs dont deux s'occupent à se faire des mamours. Du culte pur sucre distillé, dans les deux cas, par Vincent Dawn, alias Bruno Mattei, l'un des califes de la série Z italienne. Un réalisateur culte parce qu'il ose tout. Comme les cons !

The Rocky Horror picture Show (1975)

Des films cultes, il en existe dans tous les genres, de tous les tempéraments. Des pudiques, des impudiques. Des réalistes, des surréalistes. Des cartésiens, des délirants. Des comiques, des sérieux. Des illustres, des obscurs. Des nantis, des fauchés... Un ciné-culte déclinable à l'infini qui, en gagnant des parts de terrain depuis son apparition en 1975 avec The Rocky Horror Picture Show, s'est considérablement vulgarisé. Galvaudé, le terme "ciné-culte" intègre aujourd'hui autant une chose incongrue et crypto-ésotérique à destination de quelques allumés, forcément prohibée sur TFI, que Sissi impératrice, altesse régulière des grilles de programmes de la chaîne. Un sacré paradoxe, nuisible au ciné-culte dont l'image finit par se ternir à force d'usage intempestif, d'élargissement aux domaines des séries, de la BD... Car à la base, un authentique film culte ne doit surtout pas postuler au prime-time et ne doit ni être dans l'air du temps ni particulièrement bien léché. Trop de culte tue donc le culte. Surtout que tout un chacun peut gratifier du titre de film culte le mélodrame ringard dont il conserve depuis trente ans le souvenir ému. Genre Le chanteur de Mexico, avec Luis Mariano, ou certain film de l'hispanique Joselito, "l'enfant à la voix d'or". Culte, dans le dernier cas, pour l'Office Catholique du Cinéma et la censure des valets du Général Franco, soucieux d'anesthésier le bon peuple par des intraveineuses de sirupeuses bluettes ! Victime de sa popularité depuis le début des années 90, le ciné-culte aurait tout à gagner à créer une appelation contrôlée, des millésimes. Car, en œnologie comme en cinéma, il ne s'agirait tout de même pas de faire passer une Immonde piquette pour un grand cru, une heure trente de dérapage contrôlé sur cellu-loïde pour une sainte relique. Non mais ! Le culte est aux films pervers, maudits, qui fédèrent quelques allumés aux séances de minuit, ceux-là même qui échangent discrètement des cassettes vidéo aux titres fleurant bon vices et travers. Comme celles de  la douteuse trilogie Usa, blonde dominatrice sévèrement bustée qui exerce tour à tour ses talents de tortionnaire  dans un camp de p concentration, un goulag et un harem. Celles aussi  de Terror of Tiny Town, western exclusivement -interprété par des nains,  ou de Yellow submarine, odyssée psychédélique des Beatles en dessin animé. Vous avez dit bizarre ? Comme c'est vraiment bizarre

 

 

 

 

 

 

 

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La fin justifie les moyens de productions....  (Cinechronik) posté le vendredi 17 octobre 2008 00:59

Les films proposés au public ne correspondent pas toujours à la vision originelle du réalisateur.L'histoire du cinéma est ainsi pavée d'oeuvres tronquées ou défigurées, victime de la sourde guerre que se livrent parfois les réalisateurs et les producteurs du diffuseurs.Petit aperçu du paysage cinématographique avant, pendant et aprés la bataille...

 

 

Je ne veux plus jamais entendre parler de ce cirque !" Quand on évoquait son Cléopâtre avec Elizabeth Taylor, le réalisateur Joseph Mankiewicz gardait difficilement son calme. Il avait de quoi. Le producteur Darryl Zanuck l'avait en effet viré de la salle de montage afin d'amputer de trois heures les aventures de la reine d'Egypte. Ulcéré, Mankiewicz évitera désormais de prononcer le titre de ce qu'il ne considère plus comme son propre film. Il ne sera pas le seul. Beaucoup de réalisateurs firent et font encore les frais de pareil traitement. Et dans ces entreprises de "réajustage" essentiellement initiées par la production, la salle de montage sert souvent de lieu du crime, où coupes claires et remontages à la hussarde font des blessures mortelles. Les coupables (producteurs, distributeurs ou diffuseurs), disposent d'un arsenal varié : fins modifiées, projections-tests ou scénarios trafiqués sont autant d'armes, pas forcément 1 exclusives les unes des autres, visant à  calibrer un film pour un public ou un pays particuliers.

 

Scarface(1931)

 

Rocky IV (1985)

 

Contrairement à la conception française, qui accorde le pouvoir de décision aux auteurs, le montage n'est pas considéré aux Etats-Unis comme partie intégrante du travail de réalisation. Pendant longtemps, les réalisateurs n'auront pas même un droit de regard sur cette étape, généralement dévolue à des spécialistes à la solde de la production. Erich Von Stroheim en fit jadis l'amère expérience avec Les rapaces (Greed en VO). L'acteur et réalisateur autrichien avait tourné plus de neuf heures de bout-à-bout à partir desquelles il entendait composer un film en deux parties. Devant l'opposition des producteurs, Von Stroheim propose alors différents montages, raccourcissant peu à peu son film. Chacune de ses propositions est impitoyablement rejetée. En 1924, le public ne voit finalement qu'un film de deux heures trente, avec des intertitres réécrits et des scènes partiellement colorées ! Les bobines "restantes" sont détruites, permettant ainsi à la production de gagner quelques dollars grâce à une magouille fiscale. Au final, même le titre du film n'est pas conforme aux souhaits de Von Stroheim (il voulait McTeogue, d'après le nom du personnage principal), dont les déboires hollywoodiens ne font que commencer : "Je considère que j'ai fait un seul film dans ma vie, et personne ne l'a vu. Ses pauvres restes mutilés furent projetés sous le titre de Greed". Pour lutter contre les coups de ciseaux meurtriers, certains réalisateurs développent des astuces comme le "montage à la caméra" décrit par Hitchcock. John Ford était un as en la matière, ne filmant qu'une fois et selon un seul point de vue les différents plans de ses films. La liberté de manœuvre du monteur était ainsi réduite au minimum, sauf à carrément couper des scènes. Au contraire, d'autres réalisateurs moins aguerris n'hésitent pas à "se couvrir" au maximum. Ainsi, sur Rocky 4  Sylvester Stallone réalisateur filmera la quasi-totalité de ses plans de quatre ou cinq manières différentes, dans le but de laisser toute latitude au monteur. De là à penser que l'étalon italien n'avait qu'une vision limitée de son film...

 

 

Brazil(1985)

 

Dans les années 40, en dépit de la résistance opiniâtre des producteurs, les réalisateurs américains obtiennent enfin le droit de proposer un "premier montage" (appelé "director's cut" ou "first cut") fidèle à leurs vues. Aujourd'hui, un réalisateur doit généralement fournir son montage dans un délai de six semaines. Ce laps de temps écoulé, le producteur est en droit de reprendre les manettes. Mais ledit producteur n'attend parfois même pas le first eut et fait d'emblée réaliser un montage "dans le dos" du réalisateur, que l'on appelle justement "cutting behind". Les producteurs ont par contre réussi à préserver leur pouvoir final de décision sur un film, le "final eut", aussi précieux et presque aussi inaccessible que le Graal à la plupart des réalisateurs. Et même lorsque ce final eut revient au réalisateur, il ne porte généralement que sur la version destinée au marché américain. Pour l'étranger, le producteur reprend ses "droits". Ainsi Evil dead III, de Sam Raimi, est par exemple sorti avec deux fins radicalement différentes aux Etats-Unis et en Angleterre. Certains réalisateurs comme John Carpenter placent ce pouvoir de décision au-dessus de tout et n'hésitent pas à travailler hors des grands studios lorsque leurs prérogatives sont menacées. Ce qui est presque toujours le cas après un gros échec commercial, comme ce fut par exemple le cas pour The thing en ce qui concerne Carpenter. Si la relation réalisateurs-producteurs n'est pas, loin s'en faut, toujours conflictuelle, c'est quand même le formatage du film à un public donné qui prime pour les majors et les distributeurs. Rien d'autre ne peut expliquer qu'un chef-d'œuvre comme Les sept somourois de Kurosawa ait dans un premier temps été diffusé comme un simple film d'action après amputation de toutes les scènes exposant la psychologie et les motivations des personnages.

 

 

 Evil Dead 3 (1993)

 

Mais parfois, les visées sont plus politiques que mercantiles. Youssef Chahine en a fait l'expérience avec Gens du Nil, une commande censée exalter la coopération soviéto-égyptienne sur la construction du barrage d'Assouan. La copie finale ne correspondant pas aux souhaits des commanditaires, une intrigue subalterne est remontée au premier plan tandis que certaines scènes sont carrément retournées parce que, par exemple, l'acteur figurant l'ingénieur égyptien marche derrière son homologue soviétique au lieu d'être à ses côtés... Un motif voisin présida certainement au caviardage de La charge victorieuse de John Huston. Ce film pacifiste racontait l'histoire d'un jeune appelé (interprété par Audie Murphy) que terrifient les combats de la guerre de Sécession. Mais Audie Murphy a contre lui d'être le soldat américain le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale. En 1951, il est tout bonnement impossible de laisser un vrai héros incarner un lâche de cinéma ! Le film de Huston est donc remonté, des scènes pivots supprimées et la fin modifiée.

 

 

Dans toute entreprise de formatage des films, la modification de la fin tient d'ailleurs une place déterminante. Si l'on en croit les hommes d'affaires, un épilogue inadéquat peut à lui seul provoquer l'échec d'un film. C'est en tout cas l'opinion que Sid Sheinberg, alors patron de la Universal, soutient à Terry Gilliam qui vient d'achever BraziL Sheinberg n'aime pas le film et déteste particulièrement sa fin désespérante où l'on torture Sam, le personnage principal, qui s'échappe dans la folie à l'annonce de la mort de Jill, la femme de ses rêves. Le producteur fait donc tourner un nouvel épilogue. Dans la "version Sheinberg", Jill ne meurt pas et éveille Sam qui "faisait un rêve". Les deux amants, en fait des anges, s'envolent vers les cieux. Terry Gilliam, lui, a plutôt l'impression de vivre un cauchemar et remue ciel et terre pour faire primer sa version. Une fois n'est pas coutume, le film sort finalement en salle conformément à ses souhaits, même si certaines chaînes câblées diffuseront la "version Sheinberg", sans bien sûr en avertir les téléspectateurs. Le cas n'est pas unique. Pas moins de trois fins ont été par exemple été tournées pour le Scarfàce d'Howard Hawks ! La première, voulue par le réalisateur montre le gangster balafré inspiré d'Al Capone exécuté par des rivaux. Jugée  immorale, cette première fin aboutit à ce  qu'une seconde soit mise en chantier : le  gangster meurt toujours, mais cette fois-cI ci sous les balles de la police. Une troisième fin, réservée à certains pays, y montre un Scarfàce décidément mal parti  puisque déféré devant un tribunal, puis  pendu. Plus récemment, La petite boutique  des horreurs, une comédie musicale déjantée de Frank Oz, présentait les aventures  d'un fleuriste timide chouchoutant une  plante extraterrestre Carnivore. La fin initiale montrait la plante enfler jusqu'à I conquérir New Yark puis le monde, non  sans avoir préalablement dévoré les  héros. On remplacera bien vite cet épilogue fort attristant par l'électrocution de la plante en question, suivie de la résurrection dansante de toutes ses victimes... Les fins modifiées ne sont pourtant pas l'apanage du cinéma américain. En France, l'exemple le plus connu date de 1936 avec La belle équipe de Julien Duvivier. Jean Gabin, Charles Vanel et d'autres y incarnent un groupe d'amis qui gagnent à la loterie de quoi monter une guinguette en bord de Marne. Dans la version voulue par Duvivier, l'association échoue et s'achève dans le sang à cause d'une femme. Le producteur, perplexe à l'idée d'une fin pessimiste, obtient du réalisateur qu'il en tourne une autre, résolument positive. La fauteuse de trouble repart bredouille, les amis restent amis et retrouvent l'un de leurs associés parti au loin. La sortie du film, projeté avec sa fin originelle, se déroule mal. La belle équipe ne trouve pas son public. Le producteur organise alors une projection-test où les deux fins sont successivement projetées, et c'est le happy-end qui l'emporte par trois cent cinq voix contre soixante et un. La belle équipe est dès lors exploité dans sa version optimiste. Et reste un échec.

 

 

 

Les projections-tests, empiriques au temps du muet, connaissent aujourd'hui un développement saisissant. Plus aucune production américaine d'importance n'est lancée sans l'appui préalable des previews, ces projections organisées pour des panels de spectateurs, questionnés en fin de séance. Tous les aspects du film (histoire, rythme, personnages, musique, affiche, titre) sont analysés, critiqués et "scientifiquement" réajustés au goût du public visé. A tel point qu'une boutade veut que le véritable détenteur du final cut à Hollywood soit Joseph Farrell, patron du NRG, le principal institut d'analyse des réactions du public. En France, ces études sont encore l'exception mais des producteurs poids lourds comme René CleItman {Quasimodo d'el Paris, entre autres) regrettent à haute voix de ne pouvoir y recourir systématiquement.

 

Thelma et Louise (1990)

 

Les films peuvent ressortir des projections-tests totalement dénaturés. L'exemple le plus fameux est celui du Liaison fatale d'Adrian Lyne, avec Glenn Close et Michael Douglas. Avant la sortie du film, les previews montrent clairement que l'esprit même de l'épilogue déplaît au panel de spectateurs. Glenn Close s'y donne la mort devant son ex-amant, Michael Douglas, que son épouse légitime (Anne Archer) abandonne. Pour répondre aux attentes des spectateurs qui demandent une sanction exemplaire de la méchante Glenn Close, une nouvelle fin est tournée en catastrophe. Dans la version définitive. Close fait semblant de vouloir se suicider devant le couple Douglas-Archer. Sa ruse déjouée, elle se transforme en hystérique quasi-invulnérable finalement stoppée à coup de flingue par Anne Archer. Le couple traumatisé se réconcilie dans une mare de sang et le film est un triomphe. Pour le Thelma & Louise de RidLey Scott, le paradoxe est atteint puisque c'est pour une fois la fin originale qui pose problème. Les deux femmes (Susan Sarandon et Geena Davis), traquées par la police, se jettent avec leur voiture dans le Grand Canyon... mais survivent miraculeusement et ressortent échevelées de l'épave du véhicule. Une fin invraisemblable, peut-être tournée justement par peur des épilogues pessimistes que détestent, paraît-il, les spectateurs types. Mais la ficelle est énorme et suscite l'incompréhension. RidLey Scott trouve alors une astuce de montage qui satisfait tout le monde : l'image de fin gèle la voiture des héroïnes au moment du grand saut... Même un indépendant farouche comme John Carpenter n'hésite pas, lorsque son budget le permet, à recourir aux pre-views. Dans New York 1997, un prologue d'exposition de dix minutes a ainsi été coupé à la suite de mauvaises réactions. Carpenter y présentait le futur dans lequel se déroulait son histoire, et Snake Plissken (Kurt Russell) y cambriolait une banque avec un complice avant d'être arrêté. Pour éviter la confusion ressentie lors des tests, Carpenter remplace la séquence incriminée par un court prologue où une voix off explique le rôle de prison dévolu à Manhattan. Les remises en cause radicales ne sont donc pas l'apanage des seules scènes de fin. Les spectateurs peuvent à n'importe quel moment d'un film contempler sans le savoir des vestiges de scènes plus importantes.

 

 

Terminator 2(1991)

 

Seven( 1995)

Dans le Terminator II de James Cameron, une longue scène a ainsi été coupée de moitié. Enfermée dans un hôpital psychiatrique, Sarah Connor fait un rêve. Elle y revoit son amant du premier film (Michael Biehn). Ils discutent avant de quitter la cellule. Au dehors, Sarah s'approche d'un terrain de jeux pour enfants, bientôt dévasté par le feu nucléaire. Seule cette dernière partie du rêve survivra dans la version définitive, pas l'apparition "intempestive" de Michael Biehn. Résultat, la scène tronquée devient un prologue maladroit, en grande partie préservé à cause de ses coûteux effets spéciaux... Le même argument n'aura pourtant pas sauvé une longue séquence d'Abyss, du même James Cameron. Les extraterrestres, irrités par la violence humaine, décident d'anéantir l'humanité grâce à de monstrueux raz-de-marée. Les vagues gigantesques sont figées in extremis par les explications du personnage, incarné par Ed Harris. Jugée comme ennuyeuse par les adolescents interrogés, la séquence passe à la trappe dans sa totalité. Elle sera plus tard réintégrée lors de la sortie d'une "édition spéciale" du film. C'est d'ailleurs tout l'avantage des sorties DVD actuelles, susceptibles de satisfaire les cinéphiles ou les curieux. Pour bonifier leur "produit", les producteurs n'hésitent plus à inclure par exemple des séquences coupées ou des scènes alternatives comme celle où Morgan Freeman exécute John Doe, le tueur de Seven, à la place de Brad Pitt. Le DVD américain de Ronin montre aussi une fin finalement écartée où Deirdre, la jeune Irlandaise, est enlevée par ses ex-amis de l'IRA. Les fans de Blade Runner peuvent également voir le film souhaité par Ridley Scott : une fin ambiguë lourde de dangers et la disparition de l'exaspérante narration en voix off. Idem pour La porte du paradis de Michael Cimino, jadis taillé à la hache après sa désastreuse avant-première de 1980. Le film était sorti, certes. Mais le public était condamné à ne voir qu'un film défiguré, un nouveau squelette aux "pauvres restes mutilés", selon la triste expression d'Erich Von Stroheim.

 

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