Watchmen Entretien Zack Snyder  (Interwiewthek) posté le jeudi 05 mars 2009 18:50

 

 

 

C'est le meilleur générique d'ouverture que j'ai jamais vu.Comment l'avez vous imaginé?


Zack Snyder : C'est une vieille idée, un peu conceptuelle que je trainais.J'ai commancé par le générique , j'ai même préfendu que je ne savais pas par où commencer alors que j'avais déjà une idée assez précise de ce que devait être le film... Le studio m'avait envoyé un scénario en précisant : « Ça s'appelle Watchmen. C'est très intéressant. Nous pensons que c'est tiré d'une bande déssiné, Cela pourrait être vraiment cool,le scénario est génial, vous devriez y jeter un coup a'œil. » Ledit scénario était vraiment bon, mais Adrian mourait à la fin et l'histoire était transposée de nos jours. . Le Dr Manhattan, par exemple, allait en Irak. En gros, ils l'avaient vidé de l'essentiel et j'ai tout de suite compris que j'allais accepter, faire le dos rond au début, avant de commencer à leur faire admettre l'idée que j'allais le faire à ma sauce.
Une fois ce processus lancé, j'ai été très direct, je leur ai dit qu'il ne pouvait s'agir en aucune façon d'un film sur la « guerre contre le terrorisme ». Cela n'avait aucun sens pour moi, cette idée d'avoir à m'exprimer sur cette guerre, d'avoir à filmer l'avis de Zack Snyder sur la politique internationale moderne. Je leur ai clairement signifié que c'était une énorme impasse et que je souhaitais me fonder sur le matériel original et le restituer le mieux possible. Je leur ai enfin lourdement expliqué que cette bande dessinée tenait un discours à l'opposé du film qu'ils souhaitaient. Mais évidemment, ils raisonnaient en termes de franchise...

Avec un film seulement interdit aux moins de 13 ans, non accompagnés...?


ZS: Tout à fait, de bout en bout

Mais ce film reste entièrement politique, non ?Tous vos films le sont d'ailleurs?


ZS : Absolument. Il s'agit sans doute du plus politique de mes trois films, du plus ouvertement politique. C'est d'ailleurs ce que je leur ai expliqué, qu'il était finalement plus politique à l'origine. J'ai dû les convaincre qu'il raisonnait trop selon l'air du temps, qu'on serait un autre commentaire bidon sur les gros titres des journaux si on suivait leur idée. L'intérêt d'une adaptation fidèle, c'est qu'elle devienne une métaphore qui a plus de résonance car elle pousse les gens à s'interroger, à se forger leur propre opinion. C'est plus puissant que moi exprimant une opinion.

Mais les films sur la guerre contre le terrorsime ont plutôt bien marché, Non?


ZS : Oui, c'est vrai. Les gens adorent. Ils sont incroyables...


Auriez vous adapté le film de la sorte sans le succés de 300?


ZS : Jamais de la vie... Enfin... Écoutez, le studio a toujours énormément soutenu le projet même après que j'ai détourné sa franchise super cool de super-héros en film d'art zarbi. Il m'a toujours soutenu depuis les discussions autour de la distribution de 300. Avec 300, on était à peu près sûr de ne s'adresser qu'à une niche de fanboys et à quelques fans de cinoche d'action.Et tout le monde pensait que l'amérique moyenne n'aimerait pas ce film sur une horde de mecs à poil et qui donne une léçon d'hitoire, que c'etait le dernier truc que les gens iraient voir"Ca ressemble à une rave de gays, ca na va jamais marcher !"je ne savais pas quoi répondre part que le film était en boîte, qu'il était ce qu'il était et qu'on ne pouvait plus vraiment le changer. Et finalement, les cadres du studio l'ont soutenu, en me donnant le bénéfice du doute, car per¬sonne en vérité ne savait quoi en penser. Je crois qu'il s'est passé un peu la même chose avec Watchmen. Je ne sais pas si ce film va rencontrer son public mais eux, ils ne savent pas exactement cerner mon film. Il s'agit, comme 300, d'autre chose. Politiquement, il est même à l'exact opposé de 300. J'espère qu'après ça, les gens ne me demanderont plus si 300 exprimait mes idées politiques et que je n'aurais plus à expliquer que 300, c'est le bouquin de Frank Miller. Il est ce qu'il est. Watchmen, c'est le bouquin d'Alan Moore et je ne vais pas censurer leurs opinions avec les miennes. Ce n'est pas en tout cas la façon dont j'avais envie de l'adapter.

Jusqu'à quel point etiez-vous impliqué sur la bande son et le choix des deux morceaux de Leonard Cohen?


ZS : ? Ouais, deux titres de Léonard Cohen, c'est cool ! Mais il s'agit exactement des morceaux ce que j'écoutais lorsque je dessinais le storyboard. La bande son vient de là, toutes les chansons que j'ai choisies.

Et les morceaux issus du milieu des années 80?


ZS : Il y en a deux comme 99 red bailoons. Un ami m'avait demandé pourquoi, je lui ai dit de lire les paroles


Parlez -nous du casting de Billy Crudup en Dr Manhattan.Qu'est-ce qui vous a convaincu chez lui?


ZS : C'est un acteur merveilleux, il a fait des performances incroyables et il possède ce calme, ce côté un peu distant qui me faisait penser à Dr Manhattan. Je lui ai un peu menti car je sais qu'il n'a pas compris tout de suite qu'il passerait tout le tournage en pyjama constellé de petites lumières. Au-delà de ça, ce qui est génial, c'est qu'un comédien apporte un plus par rapport à la BD. Il peut, par exemple, faire passer le fait que Manhattan est un personnage toujours à la limite de la tristesse. Un acteur réintroduit l'émotion qu'on perd au fil de la lecture car Watchmen est tellement hygiénique, tellement émotionnellement hygiénique.
On perçoit rarement les personnages comme des personnages en souffrance, en particulier lui, car la construction est si intellectuelle. On est constamment distraits par le fourmillement d'idées, on oubliant les personnages qui y sont rattachés. Et Billy permet de rééquilibrer ça, il a apporté une sorte de profonde tristesse à Dr Manhattan que j'ai trouvée cool. On m'a souvent objecté que la magie de cette BD, c'est les niveaux de lecture, le jeu des répétitions graphiques, qu'on peut la lire à l'envers, qu'on ne peut pas faire ça avec un film. Je rétorque qu'une bande dessinée ne peut pas vous faire pleurer.

A- T'il été plus dur de filmer 300 en studio devant des fonds verts ou Watchmen avec tout ses décors et ses effats réalisés en direct?


ZS : Je ne sais pas lequel est le plus dur. Je les appréhende plan par plan. C'est un peu comme ça que je vois les films, plan par plan, et quels que soient les outils B j'utilise pour faire fonctionner le plan. Même si nous avons tourné 300 devant s fonds verts, je m'en souviens très peu, car je devais penser en permanence aux milliers de gars en arrière plan et à la géographie des lieux. Nous avions eu l'idée d'une pré-visualisation en direct qui aurait permis d'avoir des décors sommaires sur un retour vidéo mais c'était trop coûteux, au final. Nous avons opté finalement pour une maquette des décors qui nous permettait de nous repérer. Ce fut beaucoup de galères et de plaisirs, mais la vérité, c'est que Watchmen, c'est une réalisation à une caméra, il n'y a pas de seconde équipe. Nous avons filmé un plan à la fois, méticuleusement. Chaque scène avait du concret sur lequel s'appuyer. Si nous avions le Dr Manhattan en train de serrer la main à Kennedy devant la Maison-Blanche, nous avions un coin d'herbe avec une lumière naturelle à l'extérieur. Il ne s'agit plus du tout de la même approche, mais cela ne nous a pas empêchés d'être malins et prévoyants. Par exemple, l'appartement de Rorschach et de sa mère, c'est le même décor que le logement de Moloch. Nous avions conçu ce décor pour pouvoir le reconfigurer et en faire deux espaces complètement différents.

J'ai l'impréssion aussi que vous avez plus de choses à filmer sur Watchmen que 300?


ZS : C'est vrai. Il n'y a pas de gros plans dans 300, pas de détails à relever. Ici, chaque accessoire, chaque pins, chaque sac à main, chaque parcelle de décor semble avoir une importance totalement fétichiste.

Construire le vaisseau du Hibou était par exemple indispendable?


ZS : Nous en avions besoin dans plusieurs scènes. Il se passe tellement de choses autour et à l'intérieur de ce vaisseau. Comme nous l'avions construit pour le décor du Hibou, nous nous sommes simplement dit qu'en le suspendant à des câbles, nous aurions quelque chose de moins cher et de finalement bien mieux pour les autres scènes.

QUE POUVEZ-VOUS NOUS DIRE DES COMEDIENS, LES FANS SONT INTRIGUES MAIS L'AMERIQUE MOYENNE, JUSTEMENT, RECONNAIT MOINS CES COMEDIENS. VOUS A-T-ON MIS LA PRESSION POUR ENGAGER DES ACTEURS DE PREMIER PLAN DU CALIBRE DE TOM CRUISE ?


ZS : Il y avait un peu de ça au début, cette idée de faire une version Ocean's eleven de Watchmen. Le problème, c'est qu'il y a peu de stars capables de se soumettre à un tel projet. Si vous engagez un gros poisson pour jouer Ozzy ou Rorschach, inévitablement, il va venir vous voir en suggérant une idée pour une nouvelle scène avec son personnage. Puis il vous explique qu'il a engagé un scénariste de son côté et que ce serait pas mal de lire ce qu'il a fait... Patrick était le premier avec qui on a signé. Il a un peu annoncé notre politique pour les comédiens. Les gens du studio n'était pas contents, j'ai dû leur rappeler que, avant 300, personne non plus ne connaissait vraiment Gerry Butler. Il s'agit avant tout du film et de son concept, pas d'une distribution. Ils sont par ailleurs tous formidables, ils ont tous développé quelque chose de particulier sur une base commune, un style un peu surnaturel, volontairement surjoué, comme dans un cartoon. On aurait pu faire quelque chose de complètement réaliste, mais cela n'avait pas trop de sens pour moi. On a traité la BD avec une dévotion absolue, comme si c'était un texte sacré écrit il y a trois mille ans. Il y avait beaucoup de révérence de la part des comédiens. Caria Gugino, par exemple incarne une Sally Jupiter inconcevable dans la réalité, mais c'est notre objectif, de styliser les performances, toujours à la limite, comme dans 300, cela pour conserver une énergie quelle que soit la scène et avoir toujours un commentai¬re très clair sur ce qui se passe. On aurait pu faire un commentaire très poignant et très réel sur une vieille vedette de cinéma dans son petit pavillon de Palm Springs, mais on aurait fait une version du film par Darren Aronovsly ou Paul Greengrass. Des versions probablement moins théâtrales que la nôtre, mais je préfère les films qui ont leur propre conscience, leur propre battement.

Vous avez modernisé la fin, n'est ce pas?


ZS : Je ne vais pas m'étendre sur les raisons... Je dirais que cela résulte d'abord de la nécessité de rester avec Dan, Laurie et Rorschach. Nous avons senti que nous avions besoin de prendre cette direction tout en conservant l'esprit de la fin originale.

Êtes vouss Satisfiat de la réponse que provoque le film?


ZS : Oui. J'adore quand la culture de masse ne fait pas trop ce que l'on attend d'elle. Et c'est rassurant de se dire qu'un studio a quelque part admis qu'il existe une place pour un film aussi peu conventionnel. Je pense que les gens n'ont pas trop envie de voir un autre Quatre Fantastiaues. Ils n'en peuvent plus, leur cerveau ne se laissera pas faire. Le génie de ce bouquin réside dans sa narration et son message très subversif qui, à l'époque, avec Dark knight, la BD de Frank Miller, assumait un « allez tous vous faire foutre » général. La chose inconcevable dans ce projet, c'est que ce géant de 100 millions de dollars existe sans que personne soit capable de le décrire. Si c'est une formule à succès, c'est con pour eux car ils ne pourront pas recommencer. C'est à la fois déroutant et très agréable. Ils m'ont laissé faire un film cher, difficile et ils m'ont apporté beaucoup de soutien.

EST-CE QUE C'EST LA WARNER BROS. QUI VOUS A COLLE CETTE ETIQUETTE DE « REALISATEUR VISIONNAIRE » ?


ZS : Ouais, c'est intéressant. Je me souviens même l'avoir remis en question, j'avais un peu honte. Et ils m'ont répondu sèchement que si je souhaitais les voir gar¬der leur boulot, je devrais leur faire confiance là-dessus. J'ai dit 0K... (Rire.)

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Tous les commentaires de l'article:
Watchmen Entretien Zack Snyder

  • bcolli mer 21 oct 2009 15:02
    Tout simplement excellent !

    Cordialement,
    Bruno