
Le 2
juin 2003, Stephenie Meyer, mère de famille mormone de Phoenix,
Arizona, a fait un rêve. Rempli de vampires. « Je m'en souviens
très clairement, raconte l'auteure. C'était le chapitre 13 de
Fascination (premier des quatre tomes de la saga "Twilight"), dans
lequel Edward révèle sa nature à Bella au milieu d'une forêt. Je me
suis réveillée en me demandant ce qui allait se passer : allait-il
l'aimer ou la tuer ? » Bella, c'est l'héroïne, une lycéenne
contrainte de revenir vivre chez son père dans une petite ville
paumée de l'État de Washington où elle va rencontrer Edward Cullen.
jeune homme mystérieux peu branché O' pour une simple (et bonne)
raison : c'est un vampire qui vient de fêter ses 108 ans. Meyer
s'est alors mise à écrire compulsivement la nuit, enchaînant les
chapitres de ce qui allait devenir Twilight, relecture moderne de
Roméo et Juliette. les canines en plus. Une question continue quand
même de nous tarauder : qu'est-ce qui pousse une mère au foyer à
rè\"er de vampires ? « Je n'en ai honnêtement aucune idée,
s'amuse-t-elle. Rien ne me prédisposait à imaginer cette histone.
»

OK, une autre : que dois-je faire pour avoir
l'un de ces songes qui se traduisent par 18 millions de livres
vendus ? « Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter ce rêve,
répond-elle, le sourire aux lèvres. Mais bonne chance ! » Traduite
dans trente-sept langues, la saga Twilight est le phénomène que les
librairies n'osaient plus espérer après la parution des ultimes
aventures d'Harry Potten Les vampires de Stephenie Meyer n'évoluent
pas encore dans la même stratosphère, mais leur impact est
difficile à ignorer. « J'ai commencé à réaliser l'ampleur du succès
quand il m'est devenu impossible de me frayer un chemin lors des
séances de dédicaces, raconte l'auteure. Au début, il y avait à
peine quarante personnes.

Maintenant, c'est carrément la folie. » Il
faut les voir pour y croire, à ces « Twilighters », des fans
complètement mordus qui ne ratent pas un événement en rapport avec
la série. Ce sont souvent des adolescentes, mais aussi des mères de
famille répondant au surnom de Twilight Moms. Le merchandising bat
son plein, les bouquins ne décollent pas de la liste des
best-sellers du New York Times (le deuxième. Tentation, y a passé
cinquante semaines), et les blogs consacrés à l'œuvre
pullulent. Tapez « Twilight blog » dans Google, et vous obtiendrez
douze millions de réponses. Le rêve de Meyer, comme l'écrivait
l'hebdo américain Entertainment Weekly, a accouché d'un véritable «
empire des vampires ».
COMPLÈTEMENT À
CROCS
Hollywood n'a évidemment pas tardé à frapper
à la porte de l'écrivaine, MTV Films remportant les droits de
Twilight en avril 2004. « Si les gens de la Paramount (qui
distribue les productions MTV) avaient eu le choix, je crois qu'ils
auraient carrément supprimé les vampires de l'histoire. (Rire.) Ils
auraient pu faire réaliser le scénario développé à l'époque et ne
pas l'appeler Twilight vu le peu de points communs qu'il avait avec
le livre. » Lorsque la Paramount libère les droits, en 2007,
Summit, société de production en train de se transformer en
ministudio, s'en empare après avoir senti la franchise potentielle
et confie la réalisation du film à Catherine Hardwicke (Thirteen,
Les Seigneurs de Dogtown). Dans le cahier des charges, une seule
directive : s'assurer d'une fidélité sans bornes au roman. Ce
serait quand même dommage de se mettre 18 millions de fans à dos...
Sans surprise, les Twilighters ont suivi le développement du projet
à la loupe. L'arrivée de la première bande-annonce du film a permis
de mesurer l'engouement : 4 millions de téléchargements en deux
jours. Sur YouTube, on trouve environ 300 vidéos de fans (oui,
principalement des adolescentes) filmant leur réaction à la vision
des images (« Oh, mon Dieu ! », « Je crois que je vais pleurer
tellement Edward est beau ! »). « L'enthousiasme qui transparaît de
ces vidéos est tout simplement hallucinant, confirme Stephenie
Meyer. Voir ces filles courir à travers leur chambre pendant
qu'elles découvrent la bande-annonce... Incroyable ! » Ce film,
c'est ce qu'il manquait à Twilight pour devenir un vrai phénomène
planétaire. Maintenant que leurs personnages préférés ont un
visage, les fans peuvent s'abandonner à l'hystérie la plus totale,
de celles que l'on croyait réservées aux groupes de rock. En
juillet dernier, au Comic-Con de San Diego, grand raout annuel du
cinéma et des comics où l'on donne aux fans un avant-goût
événements à venir, on s'était étonnés de voir des gens camper
devant le Convention Center Intrigués, on leur avait demandé s'ils
étaient venus voir Keanu Reeves ou Mark Wahlberg. Non, ils allaient
passer la nuit dehors pour être sûrs d'apercevoir les stars de
Twilight le lendemain. « Twi... quoi ? », avait-on rétorqué, en
toute ignorance de cette folie qui n'allait plus cesser de
monopoliser la pop-culture. Partout où ils mettent les pieds, les
comédiens Kristen Stewart (Panic Room, Into the Wild) et Robert
Pattinson (Harry Potter 4) déclenchent larmes et cris stridents, «
Le plus dingue ?, raconte Pattison, interprète du vampire Edward.
Une gamine de 13 ans m'a demandé très sérieusement de lui mordre le
cou ! » Si l'acteur essaie encore de comprendre ce qui est en train
de lui arriver, les 70 millions de dollars engrangés par Twilight
lors de son premier week-end d'exploitation aux États-Unis ont
entériné une réalité : l'hystérie n'est pas prête de
retomber.
Article paru dans Première n°384


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