Date de sortie : 10 Décembre 2008

Pour sa première participation à un film des Coen Bros, Brad Pitt campe Chad, un gentil professeur d’aérobic permanenté, les fesses moulées dans un short en lycra. Bête à manger du foin, il s’allie à sa collègue Linda (Frances McDormand), célibataire quinqua qui rêve d’ « optimiser son potentiel »séduction, obsédée par l’idée de se refaire le nez, les seins, les fesses, les cuisses, le ventre, le menton, la bouche et plus si affinités. Pour payer ses opérations, elle décide de faire chanter Osborne Cox (John Malkovich), un agent de la CIA alcoolique qui a égaré un CD bourré d’infos supposées top-secrètes. Mais Osborne le retors, viré par la CIA, est en conflit avec sa peau de vache de femme (Tilda Swinton), qui le trompe copieusement avec Harry (George Clooney), une andouille AAAA au cerveau plein de courants d’air, serial fucker sur internet qui bricole dans sa cave une machine capable de satisfaire n’importe quelle femme. La réunion de tous ces imbéciles va se révéler explosive…

Le plan d’ouverture de Burn after Reading ressemble à celui de pas mal de daubes prétentieuses. La caméra déboule en trombe de l’espace, zoome avant sur la Terre, les Etats-Unis, puis fonce dans le siège de la CIA. Formalistes, les Coen sont d’abord des entomologistes et ils s’intéressent ici à leur espèce préférée : les cons. Les grands cons, les sales cons, les branques, les crétins, les handicapés du bulbe, les garces arrivistes, les bas de plafond obsédés,« petits cons de la dernière averse, vieux cons des neiges d’antan » (merci Brassens). Nos démiurges en posent une belle brochette sur leur lame de microscope, agitent délicatement et les observent de loin, avec une ironie implacable, en ricanant comme Beavis & Butt-Head. Le spectacle est donc absolument jouissif (« jubilatoire », comme dirait Studio) et les frangins accumulent les séquences grotesques, drôles, quasi surréalistes. « Revenez me voir quand tout ceci aura un sens », assure même un ponte ahuri de la CIA. Leurs marionnettes s’agitent frénétiquement, se prennent les pieds dans les tapis, baisent (parfois) et s’éclatent à la tronche à coup flingue ou de hache, comme dans un dessin animé d’Itchy et Scratchy. C’est la formule gagnante de Fargo ou de Blood Simple : non-sens, dérision et hectolitres de sang, Kafka remixé par Tex Avery.


Certains pisse-froid parleront bien sûr d’exercice de style un peu vain. Il n’en est rien. Car sous le délire apparent, nos déconneurs en chef se font aussi philosophes et fustigent la cupidité, la veulerie de leurs contemporains, des hommes et des femmes obsédés par le paraître et les apparences, seuls, égocentriques, vieillissants, irrémédiablement paumés. Les Coen prouvent également qu’ils sont d’extraordinaires directeurs d’acteurs : George Clooney, déjà bien arrangé dans O’ Brother et Intolérable cruauté, est impayable en dragueur minable. Son pote Brad Pitt remporte la Palme de l’idiot plaqué or, dans un rôle écrit spécialement pour lui. Frances McDormand, l’héroïne de Fargo, se morfond en palpant son bide, le très classe John Malkovich picole en slip, tandis que Tilda Swinton (Michael Clayton), J.K. Simmons (le néo-nazi d’Oz, le rédac chef hystérique dans Spider-Man) ou encore Richard Jenkins (vu récemment dans le très beau The Visitor) en font des caisses pour notre plus grand plaisir. Hautement recommandé.

Un film de Joel et Ethan Coen avec George Clooney, Brad Pitt, Frances McDormand, John Malkovich, Tilda Swinton, J.K. Simmons, Richard Jenkins
Durée : 1h35

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