Date de sortie : 01 Novembre 2006

Espagne, 1944. Fin de la guerre.
Carmen, récemment remariée, s'installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l'armée franquiste.
Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu'elle n'est autre que la princesse disparue d'un royaume enchanté.
Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l'a préparé à affronter...

En un mot comme en cent : magnifique ! Tout ici force l’admiration : intelligence du récit, beauté des images, une technique en osmose avec une vision… Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro a été produit et tourné avec des équipes espagnoles. Ce qui ne l’empêche pas d’être à la hauteur des productions américaines (par exemple, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban d'Alfonso Cuaron, ici co-producteur).

Ce conte noir déploie son imaginaire sans jamais oublier le réel. La machine a une âme et ça se sent. D’ailleurs, cette sensibilité, cette puissance d’une pensée mise au regard d’un pouvoir qui contraint, est le sujet profond du film. Ofélia est une fillette qui, au milieu des horreurs de la guerre, préfère se réfugier dans un monde personnel où les fées côtoient les crapauds géants. Sa mère vient de se remarier avec un haut gradé franquiste dont elle attend un enfant. Au début, la petite famille arrive dans une forêt où s’organise la résistance. Les événenements virent très rapidement au massacre et rien ni personne ne sera épargné.

On savait del Toro doué pour le fantastique (voir Hellboy). Avec ce nouveau film, il prouve qu’il est un grand cinéaste. Son cinéma respire, pense. Sa métaphore sur l’imaginaire évite les facilités. Complexe, elle assume son pessimisme. Les détracteurs diront que le rapport entre l’ancrage historique – l’Espagne des années 40 – et la féerie engendrée par Ofélia est assez mince. Ce serait ne pas voir l’essentiel, ces obsessions qui unissent la petite à son beau-père psychopathe : inquiétude face à la naissance, désir d’immortalité et de gloire, délires qui éloignent du réel.

Au final, del Toro dit, tout en montrant la beauté, l’impasse d’un imaginaire refermé sur lui-même, et souligne la victoire d’un autre idéal, plus concret : celui des résistants. Ce Labyrinthe est donc plus tortueux qu’il y paraît. Il nous touche aux tripes et au cœur, se colle à nos rétines et stimule notre cortex. S'il n’obtient aucune récompense à la cérémonie de clôture, je crierai au scandale.
Réalisé par Guillermo Del Toro
Avec Ivana Baquero, Sergi López, Doug Jones

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