Date de sortie : 03 Novembre 1999

Comme son titre l'indique, il s'agit bien d'une histoire vraie, celle d'Alvin Straight qui, a soixante-treize ans, après une mauvaise chute, décidé de quitter Laurens, village du nord de l'Iowa, pour retrouver son frère ainé qui vient d'avoir une attaque. Les deux frères sont fachés depuis dix ans. Malgré son état de santé médiocre et après avoir réfléchi à leur contentieux, Alvin décide d'aller voir Lyle dans le Wisconsin et entreprend un voyage de plusieurs centaines de kilomètres par ses propres moyens.

L'intéret du film réside précisément dans cette temporalité particulière qu'Alvin impose à son déplacement. Se faire doubler par des cyclistes, le regard méfiant d'une auto-stoppeuse en fugue, autant de scènes surprenantes et absurdes qui rappellent le cinéma de Tati (Traffic) et de Keaton.

Ce contre-pied à la vitesse, au cinéma traditionnel américain, est très habilement mené parce que personne n'est "dépassé" : l'auto-stoppeuse rattrape, en marchant, Alvin qui rattrape avec sa tondeuse les cyclistes, chaque journée se terminant au coin d'un feu de bois, à se retrouver et discuter. Le road movie classique, celui né d'une fuite, d'une poursuite (Bonnie and Clyde, Sailor et Lula)ou de la recherche d'un ailleurs (Les Raisins de la Colère) correspond au mal-être ou à l'affolement des protagonistes.

Commencini, dans Le Grand Embouteillage, appuie de façon corrosive la détresse de quelques personnages révélée par un embouteillage, la stagnation et l'immobilité imposant la résurgence de l'angoisse, le retour contraint à se faire face.
Dans l'histoire "droite", "vraie" ou celle du film, il s'agit au contraire d'harmonieusement associer le rythme temporel du voyage avec la contemplation de la nature, la chaleur des différentes rencontres qui le ponctuent et la quête d'une sérénité intérieure. Un drame vécu pendant la Seconde Guerre Mondiale a rendu Alvin alcoolique, violent et isolé. Ces traumatismes vont être exorcisés par le souvenir et la conversation et à l'issue du voyage Alvin peut alors admirer avec son frère la beauté d'un ciel nocturne constellé d'étoiles. Ce parcours spatial, temporel et intérieur aboutit à la réconciliation avec soi, avec l'amour fraternel et pour le spectateur avec une haute idée du cinéma.

Réalisé par David Lynch
Avec Richard Farnsworth, Sissy Spacek, Harry Dean Stanton
Durée : 1h51
































Commentaires