
C'est le meilleur générique d'ouverture que j'ai jamais
vu.Comment l'avez vous imaginé?
Zack Snyder : C'est une vieille idée, un peu conceptuelle que je
trainais.J'ai commancé par le générique , j'ai même préfendu que je
ne savais pas par où commencer alors que j'avais déjà une idée
assez précise de ce que devait être le film... Le studio m'avait
envoyé un scénario en précisant : « Ça s'appelle Watchmen. C'est
très intéressant. Nous pensons que c'est tiré d'une bande déssiné,
Cela pourrait être vraiment cool,le scénario est génial, vous
devriez y jeter un coup a'œil. » Ledit scénario était
vraiment bon, mais Adrian mourait à la fin et l'histoire était
transposée de nos jours. . Le Dr Manhattan, par exemple, allait en
Irak. En gros, ils l'avaient vidé de l'essentiel et j'ai tout de
suite compris que j'allais accepter, faire le dos rond au début,
avant de commencer à leur faire admettre l'idée que j'allais le
faire à ma sauce.
Une fois ce processus lancé, j'ai été très direct, je leur ai dit
qu'il ne pouvait s'agir en aucune façon d'un film sur la « guerre
contre le terrorisme ». Cela n'avait aucun sens pour moi, cette
idée d'avoir à m'exprimer sur cette guerre, d'avoir à filmer l'avis
de Zack Snyder sur la politique internationale moderne. Je leur ai
clairement signifié que c'était une énorme impasse et que je
souhaitais me fonder sur le matériel original et le restituer le
mieux possible. Je leur ai enfin lourdement expliqué que cette
bande dessinée tenait un discours à l'opposé du film qu'ils
souhaitaient. Mais évidemment, ils raisonnaient en termes de
franchise...
Avec un film seulement interdit aux moins de 13 ans, non
accompagnés...?
ZS: Tout à fait, de bout en bout
Mais ce film reste entièrement politique, non ?Tous vos
films le sont d'ailleurs?
ZS : Absolument. Il s'agit sans doute du plus politique de mes
trois films, du plus ouvertement politique. C'est d'ailleurs ce que
je leur ai expliqué, qu'il était finalement plus politique à
l'origine. J'ai dû les convaincre qu'il raisonnait trop selon l'air
du temps, qu'on serait un autre commentaire bidon sur les gros
titres des journaux si on suivait leur idée. L'intérêt d'une
adaptation fidèle, c'est qu'elle devienne une métaphore qui a plus
de résonance car elle pousse les gens à s'interroger, à se forger
leur propre opinion. C'est plus puissant que moi exprimant une
opinion.
Mais les films sur la guerre contre le terrorsime ont
plutôt bien marché, Non?
ZS : Oui, c'est vrai. Les gens adorent. Ils sont
incroyables...
Auriez vous adapté le film de la sorte sans le succés de
300?
ZS : Jamais de la vie... Enfin... Écoutez, le studio a toujours
énormément soutenu le projet même après que j'ai détourné sa
franchise super cool de super-héros en film d'art zarbi. Il m'a
toujours soutenu depuis les discussions autour de la distribution
de 300. Avec 300, on était à peu près sûr de ne s'adresser qu'à une
niche de fanboys et à quelques fans de cinoche d'action.Et tout le
monde pensait que l'amérique moyenne n'aimerait pas ce film sur une
horde de mecs à poil et qui donne une léçon d'hitoire, que c'etait
le dernier truc que les gens iraient voir"Ca ressemble à une rave
de gays, ca na va jamais marcher !"je ne savais pas quoi répondre
part que le film était en boîte, qu'il était ce qu'il était et
qu'on ne pouvait plus vraiment le changer. Et finalement, les
cadres du studio l'ont soutenu, en me donnant le bénéfice du doute,
car per¬sonne en vérité ne savait quoi en penser. Je crois qu'il
s'est passé un peu la même chose avec Watchmen. Je ne sais pas si
ce film va rencontrer son public mais eux, ils ne savent pas
exactement cerner mon film. Il s'agit, comme 300, d'autre chose.
Politiquement, il est même à l'exact opposé de 300. J'espère
qu'après ça, les gens ne me demanderont plus si 300 exprimait mes
idées politiques et que je n'aurais plus à expliquer que 300, c'est
le bouquin de Frank Miller. Il est ce qu'il est. Watchmen, c'est le
bouquin d'Alan Moore et je ne vais pas censurer leurs opinions avec
les miennes. Ce n'est pas en tout cas la façon dont j'avais envie
de l'adapter.
Jusqu'à quel point etiez-vous impliqué sur la bande son
et le choix des deux morceaux de Leonard
Cohen?
ZS : ? Ouais, deux titres de Léonard Cohen, c'est cool ! Mais il
s'agit exactement des morceaux ce que j'écoutais lorsque je
dessinais le storyboard. La bande son vient de là, toutes les
chansons que j'ai choisies.
Et
les morceaux issus du milieu des années
80?
ZS : Il y en a deux comme 99 red bailoons. Un ami m'avait demandé
pourquoi, je lui ai dit de lire les paroles
Parlez -nous du casting de Billy Crudup en Dr
Manhattan.Qu'est-ce qui vous a convaincu chez
lui?
ZS : C'est un acteur merveilleux, il a fait des performances
incroyables et il possède ce calme, ce côté un peu distant qui me
faisait penser à Dr Manhattan. Je lui ai un peu menti car je sais
qu'il n'a pas compris tout de suite qu'il passerait tout le
tournage en pyjama constellé de petites lumières. Au-delà de ça, ce
qui est génial, c'est qu'un comédien apporte un plus par rapport à
la BD. Il peut, par exemple, faire passer le fait que Manhattan est
un personnage toujours à la limite de la tristesse. Un acteur
réintroduit l'émotion qu'on perd au fil de la lecture car Watchmen
est tellement hygiénique, tellement émotionnellement
hygiénique.
On perçoit rarement les personnages comme des personnages en
souffrance, en particulier lui, car la construction est si
intellectuelle. On est constamment distraits par le fourmillement
d'idées, on oubliant les personnages qui y sont rattachés. Et Billy
permet de rééquilibrer ça, il a apporté une sorte de profonde
tristesse à Dr Manhattan que j'ai trouvée cool. On m'a souvent
objecté que la magie de cette BD, c'est les niveaux de lecture, le
jeu des répétitions graphiques, qu'on peut la lire à l'envers,
qu'on ne peut pas faire ça avec un film. Je rétorque qu'une bande
dessinée ne peut pas vous faire pleurer.
A-
T'il été plus dur de filmer 300 en studio devant des fonds verts ou
Watchmen avec tout ses décors et ses effats réalisés en
direct?
ZS : Je ne sais pas lequel est le plus dur. Je les appréhende plan
par plan. C'est un peu comme ça que je vois les films, plan par
plan, et quels que soient les outils B j'utilise pour faire
fonctionner le plan. Même si nous avons tourné 300 devant s fonds
verts, je m'en souviens très peu, car je devais penser en
permanence aux milliers de gars en arrière plan et à la géographie
des lieux. Nous avions eu l'idée d'une pré-visualisation en direct
qui aurait permis d'avoir des décors sommaires sur un retour vidéo
mais c'était trop coûteux, au final. Nous avons opté finalement
pour une maquette des décors qui nous permettait de nous repérer.
Ce fut beaucoup de galères et de plaisirs, mais la vérité, c'est
que Watchmen, c'est une réalisation à une caméra, il n'y a pas de
seconde équipe. Nous avons filmé un plan à la fois,
méticuleusement. Chaque scène avait du concret sur lequel
s'appuyer. Si nous avions le Dr Manhattan en train de serrer la
main à Kennedy devant la Maison-Blanche, nous avions un coin
d'herbe avec une lumière naturelle à l'extérieur. Il ne s'agit plus
du tout de la même approche, mais cela ne nous a pas empêchés
d'être malins et prévoyants. Par exemple, l'appartement de
Rorschach et de sa mère, c'est le même décor que le logement de
Moloch. Nous avions conçu ce décor pour pouvoir le reconfigurer et
en faire deux espaces complètement différents.
J'ai l'impréssion aussi que vous avez plus de choses à
filmer sur Watchmen que 300?
ZS : C'est vrai. Il n'y a pas de gros plans dans 300, pas de
détails à relever. Ici, chaque accessoire, chaque pins, chaque sac
à main, chaque parcelle de décor semble avoir une importance
totalement fétichiste.
Construire le vaisseau du Hibou était par exemple
indispendable?
ZS : Nous en avions besoin dans plusieurs scènes. Il se passe
tellement de choses autour et à l'intérieur de ce vaisseau. Comme
nous l'avions construit pour le décor du Hibou, nous nous sommes
simplement dit qu'en le suspendant à des câbles, nous aurions
quelque chose de moins cher et de finalement bien mieux pour les
autres scènes.
QUE POUVEZ-VOUS NOUS DIRE DES COMEDIENS, LES FANS SONT
INTRIGUES MAIS L'AMERIQUE MOYENNE, JUSTEMENT, RECONNAIT MOINS CES
COMEDIENS. VOUS A-T-ON MIS LA PRESSION POUR ENGAGER DES ACTEURS DE
PREMIER PLAN DU CALIBRE DE TOM CRUISE
?
ZS : Il y avait un peu de ça au début, cette idée de faire une
version Ocean's eleven de Watchmen. Le problème, c'est qu'il y a
peu de stars capables de se soumettre à un tel projet. Si vous
engagez un gros poisson pour jouer Ozzy ou Rorschach,
inévitablement, il va venir vous voir en suggérant une idée pour
une nouvelle scène avec son personnage. Puis il vous explique qu'il
a engagé un scénariste de son côté et que ce serait pas mal de lire
ce qu'il a fait... Patrick était le premier avec qui on a signé. Il
a un peu annoncé notre politique pour les comédiens. Les gens du
studio n'était pas contents, j'ai dû leur rappeler que, avant 300,
personne non plus ne connaissait vraiment Gerry Butler. Il s'agit
avant tout du film et de son concept, pas d'une distribution. Ils
sont par ailleurs tous formidables, ils ont tous développé quelque
chose de particulier sur une base commune, un style un peu
surnaturel, volontairement surjoué, comme dans un cartoon. On
aurait pu faire quelque chose de complètement réaliste, mais cela
n'avait pas trop de sens pour moi. On a traité la BD avec une
dévotion absolue, comme si c'était un texte sacré écrit il y a
trois mille ans. Il y avait beaucoup de révérence de la part des
comédiens. Caria Gugino, par exemple incarne une Sally Jupiter
inconcevable dans la réalité, mais c'est notre objectif, de
styliser les performances, toujours à la limite, comme dans 300,
cela pour conserver une énergie quelle que soit la scène et avoir
toujours un commentai¬re très clair sur ce qui se passe. On aurait
pu faire un commentaire très poignant et très réel sur une vieille
vedette de cinéma dans son petit pavillon de Palm Springs, mais on
aurait fait une version du film par Darren Aronovsly ou Paul
Greengrass. Des versions probablement moins théâtrales que la
nôtre, mais je préfère les films qui ont leur propre conscience,
leur propre battement.
Vous avez modernisé la fin, n'est ce
pas?
ZS : Je ne vais pas m'étendre sur les raisons... Je dirais que cela
résulte d'abord de la nécessité de rester avec Dan, Laurie et
Rorschach. Nous avons senti que nous avions besoin de prendre cette
direction tout en conservant l'esprit de la fin originale.
Êtes vouss Satisfiat de la réponse que provoque le
film?
ZS : Oui. J'adore quand la culture de masse ne fait pas trop ce que
l'on attend d'elle. Et c'est rassurant de se dire qu'un studio a
quelque part admis qu'il existe une place pour un film aussi peu
conventionnel. Je pense que les gens n'ont pas trop envie de voir
un autre Quatre Fantastiaues. Ils n'en peuvent plus, leur cerveau
ne se laissera pas faire. Le génie de ce bouquin réside dans sa
narration et son message très subversif qui, à l'époque, avec Dark
knight, la BD de Frank Miller, assumait un « allez tous vous faire
foutre » général. La chose inconcevable dans ce projet, c'est que
ce géant de 100 millions de dollars existe sans que personne soit
capable de le décrire. Si c'est une formule à succès, c'est con
pour eux car ils ne pourront pas recommencer. C'est à la fois
déroutant et très agréable. Ils m'ont laissé faire un film cher,
difficile et ils m'ont apporté beaucoup de soutien.
EST-CE QUE C'EST LA WARNER BROS. QUI VOUS A COLLE CETTE
ETIQUETTE DE « REALISATEUR VISIONNAIRE »
?
ZS : Ouais, c'est intéressant. Je me souviens même l'avoir remis en
question, j'avais un peu honte. Et ils m'ont répondu sèchement que
si je souhaitais les voir gar¬der leur boulot, je devrais leur
faire confiance là-dessus. J'ai dit 0K...
(Rire.)





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